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romans 2d


INCIPITS DE ROMANS

écrits à partir de la première phrase de romans "authentiques" choisis pour leur pouvoir évocateur et rendus anonymes


liste des textes:

ÉLÈVES DE SECONDE

Julia Ortega 2d 7
Teresa Roig 2d 7
Catherine Samper 2d 7
Lluis Sánchez Ribalta 2d 6
Adrián Monter
anonyme 2d7
Laëtitia Bertrand 2d6
Béatrice Neyrac 2d6
Eric Van der Plasshe 2d 7

INCIPITS DE ROMANS

écrits à partir de la première phrase de romans "authentiques" choisis pour leur pouvoir évocateur et rendus anonymes


liste des textes:

ÉLÈVES DE SECONDE

Julia Ortega 2d 7
Teresa Roig 2d 7
Catherine Samper 2d 7
Lluis Sánchez Ribalta 2d 6
Adrián Montero 2d6
anonyme 2d7
Laëtitia Bertrand 2d6
Béatrice Neyrac 2d6
Eric Van der Plasshe 2d 7


Je suis une cigarette. J’ai été créée pour tuer lentement toutes les personnes qui tombent dans le vice. Je suis un mélange de tabac sec et de papier.

  Actuellement, on me vend partout. Tout le monde m’a vue plus d’une fois dans sa vie. Je suis très connue. Je sors dans tous les médias, je suis dans les rues, dans les cafés et, même une partie de moi est à l’intérieur d’un certain nombre d’humains.

  J’ai eu un règne très puissant, où tous m’aimaient. Ma patrie est le monde entier, sans exceptions.

  À partir des années 60, mon royaume commença à s’effondrer. Mais ne croyez pas que je n’existe quasiment plus, ce n’est pas ça. J’existe et je lutte quotidiennement pour allonger mon règne.

  Des lois apparaissent et veulent me détruire à tout prix ; mais il y a encore beaucoup d’humains qui dépendent de moi. Je sais qu’ils me haïssent, qu’ils voudraient ne m’avoir pas connue, mais ça, ça m’est égal.

  Je suis consciente que je fais du mal, mais ce n’est pas moi qui me suis faite toute seule. Tous ces humains qui se plaignent de ma manière d’agir sont ceux qui ont permis que j’existe. Je ne dois pas me sentir coupable, c’est leur faute.

  Il y a des années j’aimais ce monde, mais celui-ci a tellement changé…

JULIA ORTEGA,   2d 7


C’était une nuit extraordinaire. Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme l’herbe.

Il faisait frais, à la campagne, et j’étais allongée sur le sol, éclairée par la lumière des astres et regardant ceux-ci, les yeux dans le vague. Je contemplais le ciel noir avec ses petits points blancs qui étaient la seule lumière cette nuit-là. Avec des vêtements d’été, en pleine nuit de printemps, je me sentais libre, à l’aise et soulagée. Ce fut un des moments d’extrême tranquillité que j’eus cette année-là. Je savais que je n’en aurais pas un seul de plus pendant très longtemps, puisqu’après je devais retourner aux tracas, aux problèmes de la vie quotidienne, à de nombreux soucis… C’était inévitable.

Je me sentais privilégiée de pouvoir jouir d’un de ces moments, un moment où rien n’importait, rien n’était plus important que ce que j’étais en train de vivre. Même si un météorite tombait sur la terre, je serais restée là, immobile, à contempler le spectacle.

Soudain, j’entendis un bruit, un bruit venant de derrière moi. C’était peut-être un grillon, qui sait ? Mais c’était un bruit agréable à écouter. Après un moment, je m’aperçus que ce n’était pas un petit insecte ni rien à voir avec la nature, c’étaient les pas de quelqu’un sur l’herbe encore mouillée par la rosée. J’avais une visite. Cela me mit soudain en colère. C’était, en effet, un être humain qui venait vers moi, envahir mon territoire et ma zone de tranquillité.

Cet inconnu allait me donner une mauvaise nouvelle. Je le savais. Quelque chose de terrible s’était passé, j’en étais sûre car on m’en avait avertie, mais je n’avais rien fait pour l’empêcher puisque de toutes façons cela devait se passer. Je ne devais pas me faire de souci, car cela n’avait rien à voir avec moi. Cependant, quelque chose me disait que oui, que j’aurais pu l’éviter même si cela avait été inutile. Je me sentis, d’une part, coupable, car j’avais été témoin que cela allait se passer et je n’avais rien fait pour l’empêcher. D’autre part, ce n’était pas nécessaire de me préoccuper, puisque c’était déjà trop tard. Je ne pouvais rien y faire.

J’essayai d’ordonner les idées dans ma tête : il va y avoir un procès, des journalistes… Et tout va recommencer!

Les pas derrière moi avançaient et je sentais le problème se rapprocher de moi.


Teresa Roig, 2d 7


Je suis saoul, saoul sous ton balcon. Il est deux heures du matin, il fait un froid glacial, j’ai l’air d’un vagabond. C’est encore une de ces froides nuits d’hiver insupportables...J’ai encore oublié les clés de chez moi. Je vois, au loin, la Tour Eiffel avec toutes ses lumières ; cela me rappelle mon enfance, lorsque l’on se connaissait à peine. Cela fait deux heures que je suis là, planté, saoul, sous ton balcon de la rue Richelieu, à côté de l’hôtel Mercure Opéra. Toujours sous ton balcon. Il n’y a même pas d’autobus ce soir, à cause de la pluie, du mauvais temps. Je ne peux pas renter chez moi. Même si tu ne sors pas me dire bonjour, je resterai ici, jusqu’à l’aube. J’ai trop bu, mais cela me rassure, en buvant j’oublie mes ennuis. J’ai envie que tu saches, que tu comprennes que tout cela, tous nos problèmes vont s’arrêter, Hélène. Depuis l’âge de trois ans, dans ce parc, on est devenus si amis, si inséparables, et, je ne sais pas pourquoi, cela fait un mois que tu ne prends plus ton portable et que tu ne réponds plus à mes messages. J’en suis au point de croire que tu me fuis...

L’alcool commence sérieusement à me monter à la tête. Je vois, encore une fois, la Tour Eiffel briller, au loin, deux ou trois voitures qui circulent à cette heure-ci. J’ai l’impression que les arbres bougent, et l’homme qui est assis sur ce banc, à droite prend une forme bizarre. Il était tout trempé, mais il ne bougeait pas.... J’ai soudain une terrible envie de vomir, mais je me retiens, j’enlève mes lunettes pour essuyer la buée qui s’est collée sur les verres. Cela fait vingt-cinq ans qu’on se connait, on a vécu beaucoup de moments ensemble. Notre amour ne peut pas finir d’un coup.

Ne me quitte pas.
Il est à présent, quatre heures du matin, je suis encore saoul, saoul sous ton balcon. Et je resterai, ici, à t’attendre, patiemment.
Pourquoi, depuis le mois de janvier as-tu disparu ? Pourquoi ce jour-là nous ne sommes pas allés souper Chez Léon comme tous les vendredis soirs ? Pourquoi, simplement, es-tu partie ?

Je t’aime.
Il est six heures du matin, les lumières de la rue commencent à s’allumer, il y a beaucoup de voitures qui klaxonnent. Il est encore trop tôt, et les conducteurs s’énervent déjà comme des fous au volant.

Je vois, sous ton balcon, que les rideaux s’ouvrent, et je te vois apparaître. Tu t’es réveillée à cause du bruit de camion container. Je te connais assez bien pour savoir que tu vas aller dans ta cuisine, pour te préparer une tasse de thé vert, comme tu l’aimes.


Je ne suis plus saoul, je me sens maintenant bête, stupide, et idiot. J’ai enfin trouvé les clés de chez moi, elles étaient fourrées dans la poche de ma veste verte, tout au fond. Je traverse la rue pour revenir chez moi en attendant qu’aujourd’hui tu répondes à mes appels.


Catherine Samper, 2d 7


Journal de bord de : Blackarrow

Date universelle : 17 juin 1008 de la IIème ère galactique.

Je suis la plaie et le couteau. Je suis celui qui souffre, mais qui fait souffrir. Je suis le bien pour les uns, et le mal pour les autres. J’ai beaucoup de noms, mais aucun n’est le mien. On m’appelle Belzébuth, selon l’ancienne religion chrétienne, ou Shaitan selon les Adorateurs, ou Islamistes comme ils se faisaient appeler auparavant. D’autres n´hésitent pas à m’appeler Satan, mais moi je préfère Pyro, le maître du feu. Vous vous demanderez pourquoi autant de noms, et de ce genre. En vérité, si j’ai un nom, je ne m’en souviens pas. Je suis un mercenaire qui lutte pour survivre, et pour une paix impossible dans cet univers. Je vous parle à bord de mon vaisseau spatial Blackarrow, situé exactement... au milieu de nulle part. Cela doit faire deux années maintenant que j’attends qu’on me donne des ordres et c’est pour ça que j’ai décidé de vous raconter la Vérité. Toute la Vérité, en particulier celle de la Ière Guerre Universelle... mais cela devra attendre. On vient de m’envoyer des instructions. Destination : planète T3 du système S1. Objectif : Jhones Green. Tiens, tiens, c’est étrange. Pourquoi m’envoie-t-on tuer le chef de Greenpeace sur la planète Terre ?

Lluís Sánchez Ribalta, 2d 6


   Je suis celui qui souffre et qui s’est révolté. Révolté oui, parce que l’injustice était trop grande. Depuis la victoire des troupes franquistes, il n’y avait de place que pour les règlements de compte des vainqueurs et la souffrance. Une souffrance telle dans le village, que les voisins du quartier de la « guardia civil » avaient dû quitter leurs maisons pour ne plus entendre les cris déchirants des prisonniers soumis à la torture. Le sergent était le plus cruel. À chaque interrogatoire il martyrisait les victimes. Cela ne pouvait plus durer. Nous, les maquisards, devions agir. Chaque nuit j’imaginais un plan pour nous débarrasser de cet assassin. Quelques idées me venaient à l’esprit. Finalement, j’ai proposé la meilleure à mes camarades et on s’est décidé. Nous avons conçu un plan, pour en finir, une fois pour toutes avec ce bourreau phalangiste.

   Il fallait bien agir car, depuis la fin de la guerre civile, les représailles systématiques contre les villageois n’avaient cessé. Je n’étais pas un assassin, mais il fallait bien répondre, et avec mes camarades, dans la clandestinité, nous voulions lutter. Le sergent Gonzalo avait ordonné à ses gardes de fusiller mon frère qui s’était engagé dans les maquis, comme moi. Ils l’avaient surpris alors qu’il allait chercher du ravitaillement dans une ferme. Ce serait notre vengeance.

  Un soir, Antonio, Gerardo, César, Angel et moi nous nous sommes réunis pour organiser l’opération. C’est moi qui ai eu l’idée. Je leur ai exposé mon plan. On irait poser une bombe cachée, attachée au corps du « masovero » (1), qu’on avait tué la veille. Il nous avait dénoncés à la « guardia civil » quand elle était venue l’interroger au sujet des maquisards. Notre collaborateur du mas del Juaco nous avait avertis qu’il s’agissait d’un traitre. Nous déposerions son corps au bord de la route, au pied d’un olivier. Lorsqu’il serait découvert, par un villageois sans doute, celui-ci le signalerait à la « guardia civil » et le sergent devrait se rendre sur les lieux avec le juge et le médecin (2). Lorsque le sergent retournerait le corps, l’explosion se produirait et le tuerait. Après quelques minutes de silence, mes compagnons approuvèrent mon plan. La question était : qui placerait la bombe? Les autres n’étaient pas tout à fait prêts, ils craignaient d’être découverts. J’ai donc décidé de la mettre moi-même. Angel, un de mes compagnons, a suggéré d’ajouter un panneau sur lequel on écrirait : « Ainsi meurent les traitres ». On attacherait ce panneau au tronc d’un olivier. Le plan était conclu. Soudain, on a entendu un bruit, peut-être des « guardias civiles » qui venaient surveiller les montagnes. Nous nous sommes cachés dans notre abri, un petit souterrain que nous avions creusé deux mois auparavant, et dans lequel nous nous protégions. Cet endroit passait toujours inaperçu, car l’accès était recouvert de feuilles et de terre, imitant le sol des montagnes. On a attendu une quinzaine de minutes, puis nous sommes ressortis, sans faire le moindre bruit. Nous nous sommes dirigés vers un vieux mas en ruines, abandonné. C’était notre refuge. La nuit tombée, nous avons déposé le corps comme prévu au bord de la route.

   Tout s’est déroulé presque comme nous l’avions imaginé. C’est Ramón qui nous l’a raconté deux jours après l’explosion. Nous sommes allés le voir à son mas, c’était un des nôtres. Il nous a dit ce qu’il est arrivé. Un paysan avait trouvé le corps et avait averti les autorités. Le médecin, Don Salvador, et le juge, Don Luís, s’étaient rendus sur place avec le sergent. Les trois hommes, autour du cadavre, étaient restés quelques minutes sans rien dire, avaient regardé fixement le panneau avec le message : « Ainsi meurent les traitres », et le sergent avait décidé de retourner le corps. Soudain une bombe attachée au corps du cadavre avait explosé et tué instantanément le sergent. Malheureusement, le médecin qu’on aimait tant, avait été blessé, mais le juge était sorti indemne.

    Les autorités avaient recommandé avec insistance à tout le village de se rendre aux obsèques. Presque tout le monde était allé à l’église par peur des représailles. Rapidement, on a vu les conséquences de notre acte. Beaucoup, comme Ramón, quittèrent le village, soupçonnés d’être sympathisants. On n’a eu jusqu’à maintenant aucune nouvelle de lui. Il est peut-être mort en traversant la frontière.


notes:

      ("masovero" : paysan, habitant du mas.

      Je me suis inspiré d’une histoire réelle rapportée par ma grand-mère, et ce détail est véridique. Le village s’appelle Mas de las Matas, il appartient à la province de Teruel, en Aragon, et ma grand-mère y a vécu l’après-guerre.

Adrian Montero, 2d6, Barcelone, 2008



Un jour, j’étais âgé(e) déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il devait avoir une cinquantaine d’années ; cheveux bruns et courts, son visage un peu gâté par son âge, taille normale. Il était nerveux et impatient, un peu pâle aussi.
Soudain, l’homme s’est approché et m’a parlé en bégayant. Il m’a demandé mon nom et ensuite m’a montré une photo sur laquelle j’étais avec une ancienne amie, déjà morte. Surpris par cet homme si étrange, je lui ai demandé ce qu’il voulait de moi. Il avait quelque chose d’important à me dire. Il m’a invité à un café. J’ai accepté malgré le fait de ne pas savoir qui c’était.

Nous sommes assis à la terrasse du Starbucks de la rue La Fayette. Avant de passer à l’importante information, il s’est présenté: Hermann, quarante-huit ans, sans emploi. Moi, Catherine, soixante-douze ans, habitant à la maison de retraite « Bonne vie ». Après ces rapides présentations pour nous connaître un peu plus, j’ai demandé à Hermann pourquoi il voulait me voir, si on ne se connaissait pas. La réponse à ma question a été brève, rapide mais incroyable. Il a dit qu’il était mon fils. Quoi ? Je n’y comprenais rien. Hermann m’a dit que c’était vrai mais j’ai pensé que c’était un homme qui escroquait les gens. Pour finir cette conversation inutile, j’ai répondu que, moi, j’avais un fils, Grégoire, agent comptable d’un Lycée de Paris. C’est vrai, j’avais eu un autre fils, Thomas, mort pendant la deuxième guerre mondiale aux mains des nazis. J’avais mis des années pour assimiler la mort de celui-ci. Hermann a affirmé que ce fils « mort » pendant la guerre était lui.

Rapidement, l'homme m'a montré une autre photo: ici, un adolescent d’environ seize ans, je suppose que c’était lui, et un homme apparaissaient. Après avoir vu très clairement l’homme de la photo, j’ai su que c’était mon époux, Gauthier, mort un mois avant d'une crise cardiaque.

J’étais très confuse. Je ne savais pas comment réagir face à cette situation. C’est vrai, l’homme avait cette preuve prouvant qu’il avait eu une relation entre ma famille et Hermann. Mais, il y avait encore deux énigmes qui attendaient une réponse: d’abord, la preuve de cette photo était évidente, mais peut-être qu’il n’y avait pas de relation entre cet individu et moi. De plus, cet étrange homme avait dit qu’il s’appelait Hermann, et mon fils mort à la guerre s’appelait Thomas.

Il a bu un peu de café, et m’a dit qu’il avait changé d’identité pour ne pas avoir de problèmes avec les Allemands. Il m’a raconté qu’il avait pris les papiers d’un soldat allemand mort lors de la bataille de Stalingrad. De plus, il m’a donné une photo où, mon fils Thomas et moi, nous étions en train de jouer à la plage. Hermann a retourné la photo pour me faire voir qu’il y avait une inscription: « Quand tu seras en guerre, regarde cette photo, ça te donnera des forces pour continuer. Je t’aime, Thomas, je ne t’oublierai jamais ».

Je n’y croyais pas…C’était mon fils, au bout de trente ans sans se voir. Ce que j’ai senti à ce moment était un mélange de confusion, d'émotion, de perplexité et de surprise. Hermann, ou maintenant mon fils Thomas, a fait un petit sourire. Après ce café, nous sommes allés à ma résidence pour que je me repose et pour pouvoir nous raconter tout ce qui c’était passé pendant ce temps là.


anonyme, 2d 7 , Barcelone, 2008





Les hommes, il faut les voir d’en haut. Ils paraissent alors minuscules, à l’image de leur réelle importance dans ce monde. Je me souviens, lorsque j’étais petit, je ne comprenais pas pourquoi, tout autour de moi, je voyais ceux de mon espèce parcourir la vie avec une sorte de lassitude et de tristesse peintes sur leur visage. Aucune trace de joie, de bonheur et de gaieté, comme seuls peuvent avoir les enfants, fruits de l’innocence même, n’était jamais apparue sur ces faces d’adultes. J’allais alors énumérer mes questions près du vieux sage de ma famille. Je le rejoignais dans la cuisine, là où il aimait s’attarder, assis près du feu chauffant la vieille casserole qui contenait notre dîner. Je m’installais à ses côtés, et les flammes dansaient sur son visage, jeu d’ombres effrayant. Et toujours, lorsqu’il narrait l’histoire de notre peuple, son regard se faisait lointain et ses yeux devenaient humides. Notre cité céleste, m’avait expliqué mon grand-père, était autrefois resplendissante ; elle reflétait la fierté de notre race. De fantastiques édifices y étaient bâtis ; d’une architecture jamais vue, ils soutenaient des centaines d’étages, mais le tout était assez léger pour être élevé sur l’atmosphère elle même. Des couleurs gaies, saisissantes, aux contrastes et saturations merveilleux dominaient notre lieu d’existence, image de la joie de vivre qui régnait dans notre cœur. Mais tout cela était il y a bien longtemps, et désormais c’est comme si un voile gris recouvrait entièrement ce pays et ses habitants. C’est à ce moment de son récit que j’ai vu, pour la première fois de ma vie, des larmes aux reflets de cristal glisser lentement le long de cette joue ridée, pour atterrir dans la broussaille de la barbe de l’Ancien.

Ce dernier avait pourtant poursuivi son histoire, décidant pour toujours de mon opinion sur les Hommes. Cette race animale, la plus brute qui soit, la seule à ne pas avoir appris à respecter sa source de vie, a envahi presque toute la surface de notre planète. Seul le cœur de la Terre n’a jamais été souillé de leur trace, comme si les Humains avaient peur de blesser leur vraie mère dans son organe le plus sensible. Mais hormis ce lieu intouchable, il y a un autre endroit que les hommes n’ont pas atteint : les cieux. Ils ont bien essayé, avec leurs machines volantes, et même leurs satellites, projetés à l’extérieur de leur propre planète. Mais leur véritable infirmité, c’est l’impossibilité de voler.

Est-ce pour cela qu’ils nous haïssent tous ? Seulement parce que leur ego est blessé par cet handicap ? Non, ils ne connaissent pas notre joie de sentir le vent contre notre visage, la pureté de l’air sur nos ailes, bien au-dessus de leurs déchets. Et nous, nous vivons en insoumis, reclus, rejetés, marginalisés, haïs, détestés. Nous sommes des hybrides, une race impure. Les oiseaux et les humains nous ont créés, et tout deux nous ont chassés. Nous sommes des anges déchus.

Aujourd’hui, j’ai plusieurs centaines d’années d’existence derrière moi et je vais agir pour le bonheur de mon peuple. Je parcours le ciel avec de grands battements d’ailes, les longs pans de mon manteau claquant au vent. Dans ma main gauche, je serre avec force le pendentif de mon collier, unique héritage de mon grand-père. Mais mon histoire et ma volonté son imprimées dans le métal froid, et c’est pour moi le plus grand cadeau qu’a jamais pu me donner le vieil ange. Avec un bruissement d’ailes, je me pose sur un nuage, et je touche avec délice la douce et agréable texture de cette tache blanche sur un ciel si bleu. Mes yeux d’un violet translucide parcourent le paysage qui s’étale devant moi. Aucun ange, aucun être vivant ne vole dans ces parages. Avec lenteur, je sors d’un étui accroché à ma ceinture un parchemin. L’Archange me l’a confié, afin de mener à bien ma mission. Je crispe avec force le morceau de papier en respirant longuement, pour me redonner du courage. L’encre cyan rend mes doigts bleutés ; la transpiration de mes mains fonce le parchemin. Soudain, un mouvement attire mon regard vers la droite : un aigle d’une beauté frappante vient au loin. Au moment de passer devant-moi, il fait un brusque écart et s’enfuit en poussant des cris aigus. Je le regarde s’éloigner avec un soupir. La voix rocailleuse de mon Ancien me revient à l’esprit : il y a très longtemps, lors de l’apparition des premiers hommes, des bactéries humaines se sont unies aves celles des oiseaux. Nous, les anges, sommes alors apparus, résultat positif de ce mélange hasardeux. Avec notre forme humanoïde, cependant d’une taille supérieure à celle des hommes, atteignant facilement les deux mètres cinquante de haut… Notre peau d’une blancheur surnaturelle et nos longs cheveux argentés… Et, fixées sur nos omoplates, la fierté de notre race, les ailes. Noires ou blanches, comme les hommes qui ont divers types de pigmentation ; à la seule différence que la couleur de nos ailes n’influe pas sur les jugements que les autres ont sur nous. Tout cela n’était pas au goût des humains, apparemment. Et voilà comment ces êtres jaloux de notre don naturel nous ont chassés. Les oiseaux, eux, nous détestent. Et ceci est sûrement dû aussi à ces hommes, qui les chassaient sans relâche ; nous sommes devenus, à leurs yeux, des prédateurs. À ces mots, mon grand-père avait tapé d’un poing rageur sur la vieille table en orme placée devant nous. Intimidé, je ne lui avais pas demandé de poursuivre. Mais sa bouche s’était crispée en un rictus effrayant, ses dents s’étaient serrées avec force et il a reprit la parole.

« Mais la race humaine ne s’en est pas tenue à cela, m’avait-il expliqué. Selon eux, appartenant à une espèce impure, nous ne devions pas voir notre existence révélée à la population entière. Dès que l’être humain a eu une civilisation à peu près organisée, les puissants de ce monde ont décidé de camoufler notre provenance. C’est ainsi que nous nous sommes devenus, officiellement, des créatures de légende, appartenant à la croyance du peuple : des serviteurs de Dieu.

Cette race si prétentieuse a donc besoin d’une force supérieure à elle ? Chaque espèce animale a toujours eu un dominant. Les humains ne s’en sont pas trouvé, dirait-on. Alors, ils en ont créé une ? Si elle existe bel et bien, je ne la connais pas. Mais en tout cas, nous ne sommes pas à son service. » Le vieil ange avait soudain eu l’air incroyablement fatigué. D’un souffle, il a conclu, sur un ton qui évoquait bien l’impuissance qu’il avait face à la force du destin :

« Et le comble, c’est que ces hommes qui nous détestent tant ont fait de nous des héros bienveillants auprès de leur peuple crédule, alors qu’ils nous haïssent plus que tout… Que ferait le plus commun des mortels s’il savait que ses dirigeants, en qui il a toute confiance, lui ont caché une race au moins égale, en intelligence, à la sienne ?... »

Je me secoue avec force. Ce n’est pas le moment de rêvasser. Je me mets à genoux, m’accroche aux bords du nuage et me penche vers le bas. Une délicieuse sensation de vide m’emplit les entrailles. Le vent souffle doucement sur mon visage, écartant mes cheveux qui me tombaient devant les yeux. A côté des bois réduits, une immense tâche grise, ma destination prochaine, salit ce paysage qui autrefois était si pur. Avec un sourire mauvais, je saute de mon support immaculé. Je plonge en piqué vers cette terre qui ne m’appartient plus, les ailes plaquées le long de mon corps. Voyant les sommets des collines se rapprocher, je remonte en chandelle, déployant mes longues plumes noires. D’en bas, on doit me prendre pour un grand oiseau de proie, un volatile représentant le malheur et le désespoir. Ce qui n’est pas loin d’être la vérité, je l’admets, puisque j’ai l’intention de changer la face du monde, et de renverser le berceau de nos ennuis en criant la vérité. Le temps du règne de la race humaine est révolu…


Laëtitia Bertrand, 2 de 6


 

Ça a débuté comme ça, moi j’avais rien dit. Pendant trois jours, je me suis défendue comme j’ai pu face aux accusations en répétant sans cesse que ce n’était pas moi qui avais parlé. Au fur et à mesure que les jours passaient je répondais plus sèchement et le scepticisme de mes camarades grandissait avec le degré de sécheresse de mes réponses

Depuis que l’affaire avait éclaté, j’avais attendu cet instant fatidique où la secrétaire m’annoncerait que le Président voulait me voir. Je m’étais répété cent fois qu’il ne fallait surtout pas que je tremble, que je n’étais coupable de rien, qu’il fallait le prouver en montrant de l’assurance. L’instant était arrivé, et moi je ne voyais toujours pas comment j’allais affronter la chose. D’ailleurs je ne pense pas que j’aurais pu me sentir prête un jour…

J’ai donc enlevé mes lunettes, et, tout en vérifiant mentalement l’état de mes jambes, je les ai posées sur la table. Mes jambes étaient en mauvais état… la dernière fois qu’elles avaient autant tremblé, j’avais gagné la Palme D’or (c'est-à-dire jamais). Je me suis quand même levé et j’ai entrepris de suivre le chemin qui menait au bureau du Président. Jamais je ne m’étais aperçue combien le chemin était long. Cela dit, c’était peut-être à cause du fait que toutes les personnes que je croisais se retournaient à mon passage et me fixaient d’un œil accusateur. J’ai compris ce que voulait dire « vouloir être une petite souris ».

Tout en parcourant les différents couloirs j’ai songé à toutes nos mésaventures et à comment je m’étais fait avoir comme une gamine. Je n’étais pas fière. Je lamentais chaque petit mouvement et chaque petite pensée que j’avais eue pendant le mois qui venait de s’écouler : si je ne lui avais pas fait confiance, si je ne lui avais pas montré, si lui ne s’était pas laissé faire, si j’étais restée dans mon lit maintenant je ne serais pas soupçonnée de haute trahison… J’allais seulement être renvoyée si j'avais de la chance. Mais ces jours-ci la chance ne m'avait pas beaucoup sourit, c'est le moins qu'on puisse dire. Vu la tournure des événements, je me retrouverais en prison, voir pire (y avait-il quelque chose de pire?). Je ne pourrais plus travailler après ça que dans des fast-foods. Ah, le beau futur…

« STOP ! » a dit la toute petite partie raisonnable et rationnelle de ma conscience. « Si tu commences à te sentir coupable tu ne pourras jamais te défendre face au Président. Ce n'est pas ta faute, tu ne pouvais rien y faire ». J’ai essayé de me calmer. Je n’ai pas réussi, mais je crois que le fait que j’étais arrivée face au bureau du Président y était pour quelque chose.


« Allez, du calme, respire profondément… quand faut y aller, faut y aller ». J’ai écouté ma conscience : j’ai pris une grande bouchée d’air climatisé et j’ai frappé à la porte du bureau du Président de la DST; autrement dit, j'ai ouvert la porte du bureau où allait se décider le sort de la France.



Béatrice Neyrac, 2d 6


   Je suis ici, bien à la l’abri dans cette pièce blanche et froide. Une grande lueur vient de l’extérieur, d’un monde qui ne veut pas de moi. Une grille me sépare de la dangereuse liberté. Je me sens protégé dans cette salle. Lorsque je parle, une voix me répond. Je la comprends à peine. Souvent, un homme habillé en blanc me tend un plateau avec de la nourriture, à travers la porte, comme si j’étais un animal. Par la vitre de cette porte, je peux apercevoir des gens qui m’observent, comme si ce lieu était un zoo. J’ignore ce que ces personnes me veulent, je préfère ne pas poser de questions. Hier, mon meilleur ami, Alfred, est venu me voir à travers la fenêtre. Nous avons joué à cache-cache puis au football, mais l’homme habillé en blanc m’a fait une piqûre et Alfred a disparu. J’ignore comment cela a pu se faire. J’espère recevoir une autre visite de sa part. J’ai chaud, cette chemise m’étouffe, les manches sont trop longues. Quelqu’un ouvre la porte !

-Monsieur le détective, il a empiré, son délire augmente. Nous avons découvert que M. Coluche a un ami imaginaire, il parle seul et son propre écho semble lui répondre. De plus il imagine toutes sortes de jeux avec lui. La semaine dernière nous avons dû injecter au patient un puissant tranquillisant pour le calmer: il donnait des coups de pied à son bol du petit déjeuner. M. Coluche commence à être violent, c’est pour cela que nous nous sommes vus obligés de lui mettre une camisole de force. Il ne cesse d’essayer de s’en débarrasser. Si ces symptômes s’aggravent, on sera obligés de lui donner des pastilles pour le calmer tous les jours et cela ne facilitera pas votre enquête et sa récupération sera désormais impossible.

Eric Van Der Plassche, 2d7


 

o 2d6


Je suis une cigarette. J’ai été créée pour tuer lentement toutes les personnes qui tombent dans le vice. Je suis un mélange de tabac sec et de papier.

  Actuellement, on me vend partout. Tout le monde m’a vue plus d’une fois dans sa vie. Je suis très connue. Je sors dans tous les médias, je suis dans les rues, dans les cafés et, même une partie de moi est à l’intérieur d’un certain nombre d’humains.

  J’ai eu un règne très puissant, où tous m’aimaient. Ma patrie est le monde entier, sans exceptions.

  À partir des années 60, mon royaume commença à s’effondrer. Mais ne croyez pas que je n’existe quasiment plus, ce n’est pas ça. J’existe et je lutte quotidiennement pour allonger mon règne.

  Des lois apparaissent et veulent me détruire à tout prix ; mais il y a encore beaucoup d’humains qui dépendent de moi. Je sais qu’ils me haïssent, qu’ils voudraient ne m’avoir pas connue, mais ça, ça m’est égal.

  Je suis consciente que je fais du mal, mais ce n’est pas moi qui me suis faite toute seule. Tous ces humains qui se plaignent de ma manière d’agir sont ceux qui ont permis que j’existe. Je ne dois pas me sentir coupable, c’est leur faute.

  Il y a des années j’aimais ce monde, mais celui-ci a tellement changé…

JULIA ORTEGA,   2d 7


C’était une nuit extraordinaire. Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme l’herbe.

Il faisait frais, à la campagne, et j’étais allongée sur le sol, éclairée par la lumière des astres et regardant ceux-ci, les yeux dans le vague. Je contemplais le ciel noir avec ses petits points blancs qui étaient la seule lumière cette nuit-là. Avec des vêtements d’été, en pleine nuit de printemps, je me sentais libre, à l’aise et soulagée. Ce fut un des moments d’extrême tranquillité que j’eus cette année-là. Je savais que je n’en aurais pas un seul de plus pendant très longtemps, puisqu’après je devais retourner aux tracas, aux problèmes de la vie quotidienne, à de nombreux soucis… C’était inévitable.

Je me sentais privilégiée de pouvoir jouir d’un de ces moments, un moment où rien n’importait, rien n’était plus important que ce que j’étais en train de vivre. Même si un météorite tombait sur la terre, je serais restée là, immobile, à contempler le spectacle.

Soudain, j’entendis un bruit, un bruit venant de derrière moi. C’était peut-être un grillon, qui sait ? Mais c’était un bruit agréable à écouter. Après un moment, je m’aperçus que ce n’était pas un petit insecte ni rien à voir avec la nature, c’étaient les pas de quelqu’un sur l’herbe encore mouillée par la rosée. J’avais une visite. Cela me mit soudain en colère. C’était, en effet, un être humain qui venait vers moi, envahir mon territoire et ma zone de tranquillité.

Cet inconnu allait me donner une mauvaise nouvelle. Je le savais. Quelque chose de terrible s’était passé, j’en étais sûre car on m’en avait avertie, mais je n’avais rien fait pour l’empêcher puisque de toutes façons cela devait se passer. Je ne devais pas me faire de souci, car cela n’avait rien à voir avec moi. Cependant, quelque chose me disait que oui, que j’aurais pu l’éviter même si cela avait été inutile. Je me sentis, d’une part, coupable, car j’avais été témoin que cela allait se passer et je n’avais rien fait pour l’empêcher. D’autre part, ce n’était pas nécessaire de me préoccuper, puisque c’était déjà trop tard. Je ne pouvais rien y faire.

J’essayai d’ordonner les idées dans ma tête : il va y avoir un procès, des journalistes… Et tout va recommencer!

Les pas derrière moi avançaient et je sentais le problème se rapprocher de moi.


TERESA ROIG, 2d 7


Je suis saoul, saoul sous ton balcon. Il est deux heures du matin, il fait un froid glacial, j’ai l’air d’un vagabond. C’est encore une de ces froides nuits d’hiver insupportables...J’ai encore oublié les clés de chez moi. Je vois, au loin, la Tour Eiffel avec toutes ses lumières ; cela me rappelle mon enfance, lorsque l’on se connaissait à peine. Cela fait deux heures que je suis là, planté, saoul, sous ton balcon de la rue Richelieu, à côté de l’hôtel Mercure Opéra. Toujours sous ton balcon. Il n’y a même pas d’autobus ce soir, à cause de la pluie, du mauvais temps. Je ne peux pas renter chez moi. Même si tu ne sors pas me dire bonjour, je resterai ici, jusqu’à l’aube. J’ai trop bu, mais cela me rassure, en buvant j’oublie mes ennuis. J’ai envie que tu saches, que tu comprennes que tout cela, tous nos problèmes vont s’arrêter, Hélène. Depuis l’âge de trois ans, dans ce parc, on est devenus si amis, si inséparables, et, je ne sais pas pourquoi, cela fait un mois que tu ne prends plus ton portable et que tu ne réponds plus à mes messages. J’en suis au point de croire que tu me fuis...

L’alcool commence sérieusement à me monter à la tête. Je vois, encore une fois, la Tour Eiffel briller, au loin, deux ou trois voitures qui circulent à cette heure-ci. J’ai l’impression que les arbres bougent, et l’homme qui est assis sur ce banc, à droite prend une forme bizarre. Il était tout trempé, mais il ne bougeait pas.... J’ai soudain une terrible envie de vomir, mais je me retiens, j’enlève mes lunettes pour essuyer la buée qui s’est collée sur les verres. Cela fait vingt-cinq ans qu’on se connait, on a vécu beaucoup de moments ensemble. Notre amour ne peut pas finir d’un coup.
Ne me quitte pas.
Il est à présent, quatre heures du matin, je suis encore saoul, saoul sous ton balcon. Et je resterai, ici, à t’attendre, patiemment.
Pourquoi, depuis le mois de janvier as-tu disparu ? Pourquoi ce jour-là nous ne sommes pas allés souper Chez Léon comme tous les vendredis soirs ? Pourquoi, simplement, es-tu partie ?

Je t’aime.
Il est six heures du matin, les lumières de la rue commencent à s’allumer, il y a beaucoup de voitures qui klaxonnent. Il est encore trop tôt, et les conducteurs s’énervent déjà comme des fous au volant.

Je vois, sous ton balcon, que les rideaux s’ouvrent, et je te vois apparaître. Tu t’es réveillée à cause du bruit de camion container. Je te connais assez bien pour savoir que tu vas aller dans ta cuisine, pour te préparer une tasse de thé vert, comme tu l’aimes.


Je ne suis plus saoul, je me sens maintenant bête, stupide, et idiot. J’ai enfin trouvé les clés de chez moi, elles étaient fourrées dans la poche de ma veste verte, tout au fond. Je traverse la rue pour revenir chez moi en attendant qu’aujourd’hui tu répondes à mes appels.


Catherine Samper, 2d 7


Journal de bord de : Blackarrow

Date universelle : 17 juin 1008 de la IIème ère galactique.

Je suis la plaie et le couteau. Je suis celui qui souffre, mais qui fait souffrir. Je suis le bien pour les uns, et le mal pour les autres. J’ai beaucoup de noms, mais aucun n’est le mien. On m’appelle Belzébuth, selon l’ancienne religion chrétienne, ou Shaitan selon les Adorateurs, ou Islamistes comme ils se faisaient appeler auparavant. D’autres n´hésitent pas à m’appeler Satan, mais moi je préfère Pyro, le maître du feu. Vous vous demanderez pourquoi autant de noms, et de ce genre. En vérité, si j’ai un nom, je ne m’en souviens pas. Je suis un mercenaire qui lutte pour survivre, et pour une paix impossible dans cet univers. Je vous parle à bord de mon vaisseau spatial Blackarrow, situé exactement... au milieu de nulle part. Cela doit faire deux années maintenant que j’attends qu’on me donne des ordres et c’est pour ça que j’ai décidé de vous raconter la Vérité. Toute la Vérité, en particulier celle de la Ière Guerre Universelle... mais cela devra attendre. On vient de m’envoyer des instructions. Destination : planète T3 du système S1. Objectif : Jhones Green. Tiens, tiens, c’est étrange. Pourquoi m’envoie-t-on tuer le chef de Greenpeace sur la planète Terre ?

Lluís Sánchez Ribalta, 2d 6


   Je suis celui qui souffre et qui s’est révolté. Révolté oui, parce que l’injustice était trop grande. Depuis la victoire des troupes franquistes, il n’y avait de place que pour les règlements de compte des vainqueurs et la souffrance. Une souffrance telle dans le village, que les voisins du quartier de la « guardia civil » avaient dû quitter leurs maisons pour ne plus entendre les cris déchirants des prisonniers soumis à la torture. Le sergent était le plus cruel. À chaque interrogatoire il martyrisait les victimes. Cela ne pouvait plus durer. Nous, les maquisards, devions agir. Chaque nuit j’imaginais un plan pour nous débarrasser de cet assassin. Quelques idées me venaient à l’esprit. Finalement, j’ai proposé la meilleure à mes camarades et on s’est décidé. Nous avons conçu un plan, pour en finir, une fois pour toutes avec ce bourreau phalangiste.

   Il fallait bien agir car, depuis la fin de la guerre civile, les représailles systématiques contre les villageois n’avaient cessé. Je n’étais pas un assassin, mais il fallait bien répondre, et avec mes camarades, dans la clandestinité, nous voulions lutter. Le sergent Gonzalo avait ordonné à ses gardes de fusiller mon frère qui s’était engagé dans les maquis, comme moi. Ils l’avaient surpris alors qu’il allait chercher du ravitaillement dans une ferme. Ce serait notre vengeance.

  Un soir, Antonio, Gerardo, César, Angel et moi nous nous sommes réunis pour organiser l’opération. C’est moi qui ai eu l’idée. Je leur ai exposé mon plan. On irait poser une bombe cachée, attachée au corps du « masovero » (1), qu’on avait tué la veille. Il nous avait dénoncés à la « guardia civil » quand elle était venue l’interroger au sujet des maquisards. Notre collaborateur du mas del Juaco nous avait avertis qu’il s’agissait d’un traitre. Nous déposerions son corps au bord de la route, au pied d’un olivier. Lorsqu’il serait découvert, par un villageois sans doute, celui-ci le signalerait à la « guardia civil » et le sergent devrait se rendre sur les lieux avec le juge et le médecin (2). Lorsque le sergent retournerait le corps, l’explosion se produirait et le tuerait. Après quelques minutes de silence, mes compagnons approuvèrent mon plan. La question était : qui placerait la bombe? Les autres n’étaient pas tout à fait prêts, ils craignaient d’être découverts. J’ai donc décidé de la mettre moi-même. Angel, un de mes compagnons, a suggéré d’ajouter un panneau sur lequel on écrirait : « Ainsi meurent les traitres ». On attacherait ce panneau au tronc d’un olivier. Le plan était conclu. Soudain, on a entendu un bruit, peut-être des « guardias civiles » qui venaient surveiller les montagnes. Nous nous sommes cachés dans notre abri, un petit souterrain que nous avions creusé deux mois auparavant, et dans lequel nous nous protégions. Cet endroit passait toujours inaperçu, car l’accès était recouvert de feuilles et de terre, imitant le sol des montagnes. On a attendu une quinzaine de minutes, puis nous sommes ressortis, sans faire le moindre bruit. Nous nous sommes dirigés vers un vieux mas en ruines, abandonné. C’était notre refuge. La nuit tombée, nous avons déposé le corps comme prévu au bord de la route.

   Tout s’est déroulé presque comme nous l’avions imaginé. C’est Ramón qui nous l’a raconté deux jours après l’explosion. Nous sommes allés le voir à son mas, c’était un des nôtres. Il nous a dit ce qu’il est arrivé. Un paysan avait trouvé le corps et avait averti les autorités. Le médecin, Don Salvador, et le juge, Don Luís, s’étaient rendus sur place avec le sergent. Les trois hommes, autour du cadavre, étaient restés quelques minutes sans rien dire, avaient regardé fixement le panneau avec le message : « Ainsi meurent les traitres », et le sergent avait décidé de retourner le corps. Soudain une bombe attachée au corps du cadavre avait explosé et tué instantanément le sergent. Malheureusement, le médecin qu’on aimait tant, avait été blessé, mais le juge était sorti indemne.

    Les autorités avaient recommandé avec insistance à tout le village de se rendre aux obsèques. Presque tout le monde était allé à l’église par peur des représailles. Rapidement, on a vu les conséquences de notre acte. Beaucoup, comme Ramón, quittèrent le village, soupçonnés d’être sympathisants. On n’a eu jusqu’à maintenant aucune nouvelle de lui. Il est peut-être mort en traversant la frontière.


notes:

      ("masovero" : paysan, habitant du mas.

      (Je me suis inspiré d’une histoire réelle rapportée par ma grand-mère, et ce détail est véridique. Le village s’appelle Mas de las Matas, il appartient à la province de Teruel, en Aragon, et ma grand-mère y a vécu l’après-guerre.

Adrian Montero, 2d6, Barcelone, 2008



Un jour, j’étais âgé(e) déjà, dans le hall d’un lieu public, un homme est venu vers moi. Il devait avoir une cinquantaine d’années ; cheveux bruns et courts, son visage un peu gâté par son âge, taille normale. Il était nerveux et impatient, un peu pâle aussi.
Soudain, l’homme s’est approché et m’a parlé en bégayant. Il m’a demandé mon nom et ensuite m’a montré une photo sur laquelle j’étais avec une ancienne amie, déjà morte. Surpris par cet homme si étrange, je lui ai demandé ce qu’il voulait de moi. Il avait quelque chose d’important à me dire. Il m’a invité à un café. J’ai accepté malgré le fait de ne pas savoir qui c’était.

Nous sommes assis à la terrasse du Starbucks de la rue La Fayette. Avant de passer à l’importante information, il s’est présenté: Hermann, quarante-huit ans, sans emploi. Moi, Catherine, soixante-douze ans, habitant à la maison de retraite « Bonne vie ». Après ces rapides présentations pour nous connaître un peu plus, j’ai demandé à Hermann pourquoi il voulait me voir, si on ne se connaissait pas. La réponse à ma question a été brève, rapide mais incroyable. Il a dit qu’il était mon fils. Quoi ? Je n’y comprenais rien. Hermann m’a dit que c’était vrai mais j’ai pensé que c’était un homme qui escroquait les gens. Pour finir cette conversation inutile, j’ai répondu que, moi, j’avais un fils, Grégoire, agent comptable d’un Lycée de Paris. C’est vrai, j’avais eu un autre fils, Thomas, mort pendant la deuxième guerre mondiale aux mains des nazis. J’avais mis des années pour assimiler la mort de celui-ci. Hermann a affirmé que ce fils « mort » pendant la guerre était lui

Rapidement, l'homme m'a montré une autre photo: ici, un adolescent d’environ seize ans, je suppose que c’était lui, et un homme apparaissaient. Après avoir vu très clairement l’homme de la photo, j’ai su que c’était mon époux, Gauthier, mort un mois avant d'une crise cardiaque.

J’étais très confuse. Je ne savais pas comment réagir face à cette situation. C’est vrai, l’homme avait cette preuve prouvant qu’il avait eu une relation entre ma famille et Hermann. Mais, il y avait encore deux énigmes qui attendaient une réponse: d’abord, la preuve de cette photo était évidente, mais peut-être qu’il n’y avait pas de relation entre cet indivindu et moi. De plus, cet étrange homme avait dit qu’il s’appelait Hermann, et mon fils mort à la guerre s’appelait Thomas.

Il a bu un peu de café, et m’a dit qu’il avait changé d’identité pour ne pas avoir de problèmes avec les Allemands. Il m’a raconté qu’il avait pris les papiers d’un soldat allemand mort lors de la bataille de Stalingrad. De plus, il m’a donné une photo où, mon fils Thomas et moi, nous étions en train de jouer à la plage. Hermann a retourné la photo pour me faire voir qu’il y avait une inscription: « Quand tu seras en guerre, regarde cette photo, ça te donnera des forces pour continuer. Je t’aime, Thomas, je ne t’oublierai jamais ».

Je n’y croyais pas…C’était mon fils, au bout de trente ans sans se voir. Ce que j’ai senti à ce moment était un mélange de confusion, d'émotion, de perplexité et de surprise. Hermann, ou maintenant mon fils Thomas, a fait un petit sourire. Après ce café, nous sommes allés à ma résidence pour que je me repose et pour pouvoir nous raconter tout ce qui c’était passé pendant ce temps là.


anonyme, 2d 7 , Barcelone, 2008




Les hommes, il faut les voir d’en haut. Ils paraissent alors minuscules, à l’image de leur réelle importance dans ce monde. Je me souviens, lorsque j’étais petit, je ne comprenais pas pourquoi, tout autour de moi, je voyais ceux de mon espèce parcourir la vie avec une sorte de lassitude et de tristesse peintes sur leur visage. Aucune trace de joie, de bonheur et de gaieté, comme seuls peuvent avoir les enfants, fruits de l’innocence même, n’était jamais apparue sur ces faces d’adultes. J’allais alors énumérer mes questions près du vieux sage de ma famille. Je le rejoignais dans la cuisine, là où il aimait s’attarder, assis près du feu chauffant la vieille casserole qui contenait notre dîner. Je m’installais à ses côtés, et les flammes dansaient sur son visage, jeu d’ombres effrayant. Et toujours, lorsqu’il narrait l’histoire de notre peuple, son regard se faisait lointain et ses yeux devenaient humides. Notre cité céleste, m’avait expliqué mon grand-père, était autrefois resplendissante ; elle reflétait la fierté de notre race. De fantastiques édifices y étaient bâtis ; d’une architecture jamais vue, ils soutenaient des centaines d’étages, mais le tout était assez léger pour être élevé sur l’atmosphère elle même. Des couleurs gaies, saisissantes, aux contrastes et saturations merveilleux dominaient notre lieu d’existence, image de la joie de vivre qui régnait dans notre cœur. Mais tout cela était il y a bien longtemps, et désormais c’est comme si un voile gris recouvrait entièrement ce pays et ses habitants. C’est à ce moment de son récit que j’ai vu, pour la première fois de ma vie, des larmes aux reflets de cristal glisser lentement le long de cette joue ridée, pour atterrir dans la broussaille de la barbe de l’Ancien.

Ce dernier avait pourtant poursuivi son histoire, décidant pour toujours de mon opinion sur les Hommes. Cette race animale, la plus brute qui soit, la seule à ne pas avoir appris à respecter sa source de vie, a envahi presque toute la surface de notre planète. Seul le cœur de la Terre n’a jamais été souillé de leur trace, comme si les Humains avaient peur de blesser leur vraie mère dans son organe le plus sensible. Mais hormis ce lieu intouchable, il y a un autre endroit que les hommes n’ont pas atteint : les cieux. Ils ont bien essayé, avec leurs machines volantes, et même leurs satellites, projetés à l’extérieur de leur propre planète. Mais leur véritable infirmité, c’est l’impossibilité de voler.

Est-ce pour cela qu’ils nous haïssent tous ? Seulement parce que leur ego est blessé par cet handicap ? Non, ils ne connaissent pas notre joie de sentir le vent contre notre visage, la pureté de l’air sur nos ailes, bien au-dessus de leurs déchets. Et nous, nous vivons en insoumis, reclus, rejetés, marginalisés, haïs, détestés. Nous sommes des hybrides, une race impure. Les oiseaux et les humains nous ont créés, et tout deux nous ont chassés. Nous sommes des anges déchus.

Aujourd’hui, j’ai plusieurs centaines d’années d’existence derrière moi et je vais agir pour le bonheur de mon peuple. Je parcours le ciel avec de grands battements d’ailes, les longs pans de mon manteau claquant au vent. Dans ma main gauche, je serre avec force le pendentif de mon collier, unique héritage de mon grand-père. Mais mon histoire et ma volonté son imprimées dans le métal froid, et c’est pour moi le plus grand cadeau qu’a jamais pu me donner le vieil ange. Avec un bruissement d’ailes, je me pose sur un nuage, et je touche avec délice la douce et agréable texture de cette tache blanche sur un ciel si bleu. Mes yeux d’un violet translucide parcourent le paysage qui s’étale devant moi. Aucun ange, aucun être vivant ne vole dans ces parages. Avec lenteur, je sors d’un étui accroché à ma ceinture un parchemin. L’Archange me l’a confié, afin de mener à bien ma mission. Je crispe avec force le morceau de papier en respirant longuement, pour me redonner du courage. L’encre cyan rend mes doigts bleutés ; la transpiration de mes mains fonce le parchemin. Soudain, un mouvement attire mon regard vers la droite : un aigle d’une beauté frappante vient au loin. Au moment de passer devant-moi, il fait un brusque écart et s’enfuit en poussant des cris aigus. Je le regarde s’éloigner avec un soupir. La voix rocailleuse de mon Ancien me revient à l’esprit : il y a très longtemps, lors de l’apparition des premiers hommes, des bactéries humaines se sont unies aves celles des oiseaux. Nous, les anges, sommes alors apparus, résultat positif de ce mélange hasardeux. Avec notre forme humanoïde, cependant d’une taille supérieure à celle des hommes, atteignant facilement les deux mètres cinquante de haut… Notre peau d’une blancheur surnaturelle et nos longs cheveux argentés… Et, fixées sur nos omoplates, la fierté de notre race, les ailes. Noires ou blanches, comme les hommes qui ont divers types de pigmentation ; à la seule différence que la couleur de nos ailes n’influe pas sur les jugements que les autres ont sur nous. Tout cela n’était pas au goût des humains, apparemment. Et voilà comment ces êtres jaloux de notre don naturel nous ont chassés. Les oiseaux, eux, nous détestent. Et ceci est sûrement dû aussi à ces hommes, qui les chassaient sans relâche ; nous sommes devenus, à leurs yeux, des prédateurs. À ces mots, mon grand-père avait tapé d’un poing rageur sur la vieille table en orme placée devant nous. Intimidé, je ne lui avais pas demandé de poursuivre. Mais sa bouche s’était crispée en un rictus effrayant, ses dents s’étaient serrées avec force et il a reprit la parole.

« Mais la race humaine ne s’en est pas tenue à cela, m’avait-il expliqué. Selon eux, appartenant à une espèce impure, nous ne devions pas voir notre existence révélée à la population entière. Dès que l’être humain a eu une civilisation à peu près organisée, les puissants de ce monde ont décidé de camoufler notre provenance. C’est ainsi que nous nous sommes devenus, officiellement, des créatures de légende, appartenant à la croyance du peuple : des serviteurs de Dieu.

Cette race si prétentieuse a donc besoin d’une force supérieure à elle ? Chaque espèce animale a toujours eu un dominant. Les humains ne s’en sont pas trouvé, dirait-on. Alors, ils en ont créé une ? Si elle existe bel et bien, je ne la connais pas. Mais en tout cas, nous ne sommes pas à son service. » Le vieil ange avait soudain eu l’air incroyablement fatigué. D’un souffle, il a conclu, sur un ton qui invoquai bien l’impuissance qu’il avait face à la force du destin :

« Et le comble, c’est que ces hommes qui nous détestent tant ont fait de nous des héros bienveillants auprès de leur peuple crédule, alors qu’ils nous haïssent plus que tout… Que ferait le plus commun des mortels s’il savait que ses dirigeants, en qui il a toute confiance, lui ont caché une race au moins égale, en intelligence, à la sienne ?... »

Je me secoue avec force. Ce n’est pas le moment de rêvasser. Je me mets à genoux, m’accroche aux bords du nuage et me penche vers le bas. Une délicieuse sensation de vide m’emplit les entrailles. Le vent souffle doucement sur mon visage, écartant mes cheveux qui me tombaient devant les yeux. A côté des bois réduits, une immense tâche grise, ma destination prochaine, salit ce paysage qui autrefois était si pur. Avec un sourire mauvais, je saute de mon support immaculé. Je plonge en piqué vers cette terre qui ne m’appartient plus, les ailes plaquées le long de mon corps. Voyant les sommets des collines se rapprocher, je remonte en chandelle, déployant mes longues plumes noires. D’en bas, on doit me prendre pour un grand oiseau de proie, un volatile représentant le malheur et le désespoir. Ce qui n’est pas loin d’être la vérité, je l’admets, puisque j’ai l’intention de changer la face du monde, et de renverser le berceau de nos ennuis en criant la vérité. Le temps du règne de la race humaine est révolu…


Laëtitia Bertrand, 2 de 6, Barcelone, 2008


 

Ça a débuté comme ça, moi j’avais rien dit. Pendant trois jours, je me suis défendue comme j’ai pu face aux accusations en répétant sans cesse que ce n’était pas moi qui avais parlé. Au fur et à mesure que les jours passaient je répondais plus sèchement et le scepticisme de mes camarades grandissait avec le degré de sécheresse de mes réponses

Depuis que l’affaire avait éclaté, j’avais attendu cet instant fatidique où la secrétaire m’annoncerait que le Président voulait me voir. Je m’étais répété cent fois qu’il ne fallait surtout pas que je tremble, que je n’étais coupable de rien, qu’il fallait le prouver en montrant de l’assurance. L’instant était arrivé, et moi je ne voyais toujours pas comment j’allais affronter la chose. D’ailleurs je ne pense pas que j’aurais pu me sentir prête un jour…

J’ai donc enlevé mes lunettes, et, tout en vérifiant mentalement l’état de mes jambes, je les ai posées sur la table. Mes jambes étaient en mauvais état… la dernière fois qu’elles avaient autant tremblé, j’avais gagné la Palme D’or (c'est-à-dire jamais). Je me suis quand même levé et j’ai entrepris de suivre le chemin qui menait au bureau du Président. Jamais je ne m’étais aperçue combien le chemin était long. Cela dit, c’était peut-être à cause du fait que toutes les personnes que je croisais se retournaient à mon passage et me fixaient d’un œil accusateur. J’ai compris ce que voulait dire « vouloir être une petite souris ».

Tout en parcourant les différents couloirs j’ai songé à toutes nos mésaventures et à comment je m’étais fait avoir comme une gamine. Je n’étais pas fière. Je lamentais chaque petit mouvement et chaque petite pensée que j’avais eue pendant le mois qui venait de s’écouler : si je ne lui avais pas fait confiance, si je ne lui avais pas montré, si lui ne s’était pas laissé faire, si j’étais restée dans mon lit maintenant je ne serais pas soupçonnée de haute trahison… J’allais seulement être renvoyée si j'avais de la chance. Mais ces jours-ci la chance ne m'avait pas beaucoup sourit, c'est le moins qu'on puisse dire. Vu la tournure des événements, je me retrouverais en prison, voir pire (y avait-il quelque chose de pire?). Je ne pourrais plus travailler après ça que dans des fast-foods. Ah, le beau futur…

« STOP ! » a dit la toute petite partie raisonnable et rationnelle de ma conscience. « Si tu commences à te sentir coupable tu ne pourras jamais te défendre face au Président. Ce n'est pas ta faute, tu ne pouvais rien y faire ». J’ai essayé de me calmer. Je n’ai pas réussi, mais je crois que le fait que j’étais arrivée face au bureau du Président y était pour quelque chose.


« Allez, du calme, respire profondément… quand faut y aller, faut y aller ». J’ai écouté ma conscience : j’ai pris une grande bouchée d’air climatisé et j’ai frappé à la porte du bureau du Président de la DST; autrement dit, j'ai ouvert la porte du bureau où allait se décider le sort de la France.



Béatrice Neyrac, 2d 6, Barcelone, 2008


Je suis ici, bien à la l’abri dans cette pièce blanche et froide. Une grande lueur vient de l’extérieur, d’un monde qui ne veut pas de moi. Une grille me sépare de la dangereuse liberté. Je me sens protégé dans cette salle. Lorsque je parle, une voix me répond. Je la comprends à peine. Souvent, un homme habillé en blanc me tend un plateau avec de la nourriture, à travers la porte, comme si j’étais un animal. Par la vitre de cette porte, je peux apercevoir des gens qui m’observent, comme si ce lieu était un zoo. J’ignore ce que ces personnes me veulent, je préfère ne pas poser de questions. Hier, mon meilleur ami, Alfred, est venu me voir à travers la fenêtre. Nous avons joué à cache-cache puis au football, mais l’homme habillé en blanc m’a fait une piqûre et Alfred a disparu. J’ignore comment cela a pu se faire. J’espère recevoir un autre visite de sa part. J’ai chaud, cette chemise m’étouffe, les manches sont trop longues. Quelqu’un ouvre la porte!

-Monsieur le détective, il a empiré, son délire augmente. Nous avons découvert que M. Coluche a un ami imaginaire, il parle seul et son propre écho semble lui le répondre. De plus il imagine toute sorte de jeux avec lui. La semaine dernière nous avons dû injecter au patient un puissant tranquillisant pour le calmer: il donnait des coups de pied à son bol du petit déjeuner. M. Coluche commence à être violent, c’est pour cela que nous nous sommes vus obligés de lui mettre une camisole de force. Il ne cesse d’essayer de s’en débarrasser. Si ces symptômes s’aggravent, on sera obligés de lui donner des pastilles pour le calmer tous les jours et cela ne facilitera pas votre enquête et sa récupération sera désormais impossible.

Eric Van Der Plassche, 2d7, Barcelone, 2008