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ÉTRANGES RENCONTRES....

AUTOUR DE L'ÉTRANGER de CAMUS




RÈGLE DU JEU:

imaginer des rencontres insolites


MEURSAULT ET CAMUS SE RENCONTRENT DANS LE RESTAURANT DE  CÉLESTE, À ALGER

LISTE DES TEXTES ET AUTEURS (2d 7):


Patrick Tapiol
Teresa Roig
Xavier Roca
Patricia Rodríguez
Claudia Mendoza
Catherine Samper
Lola Vazquez
XXX

Elisabeth Carné

 1

                                                    MEURSAULT, ALBERT CAMUS, CÉLESTE
 
La scène a lieu à Alger, dans le restaurant de Céleste. Albert CAMUS et MEURSAULT se regardent mais ne disent rien. Tout d’un coup, l’un salue l’autre.
 
 
ALBERT CAMUS : Bonjour, MEURSAULT.
 
MEURSAULT, surpris : On se connaît ?
 
ALBERT CAMUS : Oui, il faut que je vous explique… J’adore écrire, je suis écrivain.
 
MEURSAULT : D’accord.
 
ALBERT CAMUS : Il faut que vous sachiez que vous êtes ma création, le reflet de ce qu’il manque dans la société, des personnes comme vous.
 
MEURSAULT : Êtes vous malade ?
 
ALBERT CAMUS : Bien sûr que non. Je vais vous convaincre. Vous avez connu une jeune femme avant votre mort, elle s’appelait Marie, elle vous a demandé si vous voudriez vous marier avec elle. Vous lui aviez répondu que, si elle le voulait, oui.
 
MEURSAULT, très surpris, il allume une cigarette et demande un café à Céleste : Oui, comment vous le savez ?
 
ALBERT CAMUS, le regardant avec satisfaction et avec un grand sourire : Je vous ai déjà convaincu ?
 
MEURSAULT : Non, je suis surpris mais pas convaincu. Vous m’expliquez pourquoi je suis ici et pourquoi vous êtes avec moi ?
 
ALBERT CAMUS : …
 
MEURSAULT : Ah ! Je sais, vous êtes le frère de Marie, non ?
 
ALBERT CAMUS : Jamais de la vie, Marie Cardona n’est qu’un personnage de mon roman. Vous adorez les réponses lapidaires, n’est-ce pas ?
 
MEURSAULT : Comment pouvez vous le savoir ?
 
ALBERT CAMUS : En plus, vous n’aimez pas le soleil, vous le sentez comme une gifle, il vous trouble les idées. Le soleil est la cause du meurtre.
 
MEURSAULT : Comment pouvez-vous savoir tout cela ?
 
ALBERT CAMUS : Je suis votre Dieu, votre créateur et vous ma création !
 
MEURSAULT, se fâche et hurle : Moi je ne crois pas en Dieu, je suis athée, laissez-moi tranquille, il fait très chaud et je n’ai pas envie de parler. Au début, un aumônier et après, un dément.
 
ALBERT CAMUS : Je vous ai créé très têtu, vous ne donnez aucune importance à la vie, qui passe et qui passe. Quand vous étiez en prison, vous avez commencé à l’aimer mais vous n’aviez plus de liberté.
 
MEURSAULT : Je pars refaire ma vie ailleurs. J’espère ne plus vous revoir.
 
ALBERT CAMUS : Mais vous êtes ma création et moi votre Dieu.
 
MEURSAULT : Je pars. Au revoir.
 
MEURSAULT rentre chez lui, il dort le reste de la journée, et quand il se réveille il ne se rappelle plus rien.
 
 
Patrick Tapiol Ruiz

                        Acte I,  
scène 1

 ALBERT CAMUS, MEURSAULT, CELESTE

La scène a lieu chez Céleste. Meursault est assis,  en train de dîner. Camus va chercher Meursault.



CAMUS (en le voyant) : Meursault !

MEURSAULT : Qui êtes vous ? (son attitude est indifférente).

CAMUS (en se rapprochant de lui) : Je suis Camus, l´écrivain. (Comme pour lui-même) : Je savais que vous alliez être chez Céleste.

MEURSAULT : Comment ? (maintenant, il lève la tête et le regarde).

CAMUS : Ben , dites-donc ! J´ai écrit votre vie, j´ai écrit votre histoire, le célèbre récit de L´Étranger ! Pourquoi n´irais-je pas savoir que vous étiez en train de dîner chez Céleste ? (il s´asseoit devant lui).

MEURSAULT : L´Etranger ? (surpris). Et qu´est-ce que vous voulez de moi ?

CAMUS : Je voulais discuter un peu avec vous… sur notre situation.

MEURSAULT (encore plus surpris que la première fois): Notre situation ? Quelle situation ? 


Il ne comprend rien.
Céleste les interrompt.

CELESTE (en s´adressant à Camus) : Est-ce que vous voudrez quelque chose à boire ou à manger, Monsieur ?

CAMUS : Une bière, s´il vous plaît.

CELESTE : Oui, Monsieur (il s´en va).

MEURSAULT : Et alors ? Quelle situation ?

CAMUS : Bon, en fait, je voulais vous mettre au courant d´une chose…

MEURSAULT : Laquelle ? (soudain il a l´air intéressé)

CAMUS : C´est sur vous, le personnage principal de L´Étranger .

MEURSAULT (impatient) : Je vous écoute.

CAMUS (il est entre l´enclume et le marteau : il veut le lui raconter mais, à la fois, il  a peur de la réaction de Meursault) :  Vous êtes mon double.

Meursault reste muet, arrête de mâcher et de manger, il regarde fixement les yeux de Camus Il ne sait pas comment agir, quoi lui répondre…

CAMUS : Euh,…vous…mon…euh, double…(il ne sait pas comment le lui expliquer, il est énervé). 

Meursault reste immobile.

CAMUS : Allez ! Réagissez ! Fâchez-vous ! Riez ! Pleurez ! Mais je vous en prie, dites quelque chose ! (il est si à bout de nerfs qu´il éclate).


Soudain, Meursault redevient conscient, conscient de lui-même, et de sa situation.


MEURSAULT : Comment ?

CAMUS : Et bien…, vous êtes pauvre, je suis né pauvre ; vous avez vécu toute votre vie dans un quartier populaire et modeste d´Alger, moi aussi ; dans mon récit, il y a une absence de la figure du père, j´ai vécu toute ma vie sans mon père. Celui-ci est mort à la bataille de la Marne quand j´avais un an. En plus, nous sommes tous les deux algériens et nous avons vécu sous le soleil et la chaleur d´Alger ; nous détestons Paris à cause de la perte de la Méditérannée, car nous aimons la peau bronzée…


MEURSAULT (en l´arrêtant) : Et pourquoi est-ce que vous m´avez choisi, justement moi ?
(il devient curieux).


CAMUS : Je ne sais pas,… Sur votre nom je peux pas vous dire grand chose, mais pour votre vie, c´est la même que la mienne.

 

Teresa Roig


Acte I  scène 1


MEURSAULT, CAMUS, CÉLESTE et clients du bar.

 

La scène se déroule chez Céleste, un dimanche matin. Meursault est assis seul à une table. Il attend qu’on lui apporte son déjeuner. Soudain, un étranger entre dans le bar et s’approche de Meursault…

 

L’HOMME (hésitant): Est-ce-que je peux m’asseoir ici?

 

MEURSAULT (étrange): Oui, naturellement.

L’homme sort un petit livre de sa poche et se met à lire.

Qu’est-ce-que vous lisez ?


L'HOMME (sourit soudain) : C’est mon livre, regardez (L’homme lui montre la couverture, et, de son doigt, il pointe son nom)

Albert Camus, c’est mon nom.

 

MEURSAULT (sursaute soudain, se lève d’un bond, prend la main de Camus et la secoue de haut en bas, excité) Vous êtes Albert Camus? J’ai beaucoup entendu parler de vous (regarde le livre) C’est votre nouveau livre ?

 

CAMUS (sourit et lui prête le livre, Meursault le prend, s’asseoit et le feuillette) Oui, il raconte l’histoire d’un homme appelé Meursault ,  il perd sa mère et… (Meursault, effrayé par les ressemblances entre le livre et sa vie, laisse tomber le roman par terre et le ramasse violemment).

 

MEURSAULT : C’est mon histoire !

 

CAMUS (continuant de sourire) : Oui, c’est votre histoire.

 

MEURSAULT (terrorisé) : Mais… comment… ? Vous savez mon futur ?

 

Camus (sourit) : Oui.

 

MEURSAULT (Paniqué, criant de terreur) : Alors…Je n’existe pas ! Je suis un personnage fictif !

 

CAMUS : Oui.

 

MEURSAULT (fâché du sourire de Camus) : Vous savez ? Vous êtes une personne mauvaise ! Vous inventez des histoires qui sont très… (Pense, se fâche, se lève et donne un coup de poing sur la table) Céleste n’existe pas ? Marie n’existe pas ? Et  le petit chaperon rouge ! Il existe, lui ?

 

CAMUS : Ne vous fâchez donc pas ! Les écrivains ne sont pas des personnes mauvaises. Si je ne vous avais pas écrit vous ne seriez pas ici !

 

MEURSAULT (Pense à ce que Camus vient de lui dire et s’asseoit, plus tranquille). D’accord, compris. Je n’existe pas… (Meursault ouvre le livre et le lit. Il se montre indifférent à ce qu’il vient de lire) Bon, je tue un Arabe, je meurs… (D’un ton ironique) J’aime votre histoire.

Il jette le livre à l’écrivain et se lève pour partir. Soudain, apparaît Céleste avec le déjeuner.

 

Céleste (à Meursault) : Où vas-tu ? (à Camus) Qu’est-ce-que vous voulez, bon homme.

 

CAMUS : Rien, merci. Je venais seulement lui parler.

 

MEURSAULT (fâché) : Oui, il venait me dire que je n’existe pas, que je suis un personnage d’un livre. (pense) d’ailleurs, Céleste, toi aussi.

Céleste regarde Camus désespéré

 

Céleste : Est-ce vrai ?

CAMUS sourit et affirme avec la tête

Céleste (Part avec la tête entre ses mains tout en pleurant et en criant) Je n’existe pas ! Ce n’est pas possible ! (il monte sur une chaise et appelle les personnes qui sont au bar) Écoutez moi, amis ! Personne (pause) d’entre nous (Pause) N’EXISTE !

 

Hommes et femmes (pensant qu’il est devenu fou) : Mais qu’est-ce qu’il dit !

 

Céleste : Oui, regardez (il prend le livre de Camus et le montre au public) Nous provenons tous d’ici ! Nous sommes des personnages de fiction !

 

Hommes et femmes (regardant Camus) : Est-ce vrai ?

 

CAMUS, tout en souriant, affirme avec la tête. On entend des cris de désespoir. Tout le monde sort du bar, seuls restent Camus et Meursault.

 

MEURSAULT : Alors, vous aimez ce que vous avez fait ?

 

CAMUS (souriant) : Vous voulez que nous soyons amis ?

 

MEURSAULT : Vous êtes fou ! Vous apparaissez soudain, vous me dîtes que je n’existe pas, vous le dites à tout le bar ! En plus… (il rit soudain d’un ton sarcastique) vous me tuez à la fin du livre !


Meursaut se lève et sort du bar. Camus reste assis et continue à lire tout en souriant.  

 

 Lola Vázquez, 2d 7


                         Acte I  scène 3



  MEURSAULT, CÉLESTE,  ALBERT CAMUS


On voit Meursault, dans le restaurant, Chez Céleste. La porte s’ouvre et Albert Camus apparaît. En quelques secondes,  il arrive jusqu’où est Meursault. Il s’assied face à celui-ci .

ALBERT CAMUS : Meursault, est-ce que vous me reconnaissez ?

MEURSAULT : Non, est-ce que je devrais vous connaître ? 

CAMUS: Meursault, je suis Albert Camus, c’est à dire que je suis votre  auteur, c’est moi qui vous ai créé et qui dirige votre destin.

MEURSAULT : Donc c’est à cause de votre volonté que j’ai tué cet Arabe, c’est aussi à cause de vous que j’ai provoqué ma propre mort ? (En criant) Et c’est à cause de vous que je me suis posé toutes ces questions sur l’importance de l’existence, sur ce destin qui ne m’appartient pas ? C’est donc tout à cause de vous !

CAMUS (sans perdre sa tranquillité) : Oui, et je dois vous remercier et vous demander des excuses puisque grâce à vous et à d’autres personnages comme vous, j’ai obtenu des prix très importants, par exemple le Nobel.

 
MEURSAULT (surpris) : Alors c’est ma vie et celle d’autres personnages ce qu’a coûté ce prix ?

 

CAMUS : Grâce à vous, beaucoup de personnes ont réfléchi comme vous sur les questions que vous vous posez.
 

 MEURSAULT : Alors, tout ce que je connais a été créé par vous….Le soleil, l’asile à Marengo, Marie et même ma mère ! Tout ?

 CAMUS : Oui, et même cette rencontre qu’on est en train de vivre maintenant. C’est moi qui en suis l’auteur pour vous récompenser avec ces réponses et surtout avec la vérité.


MEURSAULT : Mais, alors si vous mourez….Mon destin va s’arrêter, donc je n’aurai plus de vie.

CAMUS : Meursault, je le sais, et c’est à cause de cette situation que je vais écrire la fin de ton histoire. Tu oublieras Salamano, Raymond, la petite automate et le reste des personnages que tu as connus et finalement, tu t’oublieras.
 

 MEURSAULT : Est-ce que cette fin est proche ?

 CAMUS : Oui, dans très peu de temps je sortirai par la porte et vous, avec votre monde, vous arrêterez d’exister.  Donc  il ne me reste qu’à partir.  Meursault, êtes-vous prêt ?
 
MEURSAULT : Oui, Monsieur Camus. Au revoir.
 

Albert Camus se lève, marche jusqu’à la porte, fait un signe avec la main à Meursault et sort.

 

                                         Rideau

 

                                        Xavier Roca  


                                                   ACTE I, scène 1

 

                                   ALBERT CAMUS, MEURSAULT 


Meursault regarde Camus. Ils font le « jeu des regards » pendant trois minutes. Ils sont debout séparés de deux mètres. Les  chaises et les tables du local sont à l’envers.

 

 CAMUS : J’avais envie de te voir  (sans arrêter de le regarder).


 MEURSAULT : Je suis ravi de le savoir  (le regarde aussi) . Vous avez attendu longtemps pour me voir ?


 CAMUS : Le temps n’est pas important ici.  (en souriant)  N’est-ce pas ?


 MEURSAULT : Vous avez raison  (il reste rigide).  Pourquoi êtes-vous venu?


 CAMUS : Je crois que tu mérites une explication.


 MEURSAULT : Par rapport à quel sujet ? (avec curiosité)


 CAMUS : Par rapport à la mort, à ta mort (il s’asseoit par terre).


 MEURSAULT : Continuez s’il vous plait  (Il reste debout).


 CAMUS : Je suis certain que tu ne comprends pas pourquoi je t’ai tué.  (Meursault s’asseoit à quelques pas de Camus) Ta mort n’était pas juste.


 MEURSAULT : Alors pourquoi m’avez-vous tué ?


 CAMUS : Avec ce roman je voulais montrer que la vie n’est pas juste. Je t’ai tué pour que les lecteurs sachent que la vie dans laquelle nous vivons n’est pas juste. Notre monde ne bouge qu’avec les préjugés de la société. Cette société ne veut pas accepter les personnes en dehors du commun et elle est disposée à les tuer.



MEURSAULT : Vous voulez dire que l’on n'est que des pions dans la vie ?


 CAMUS: Exactement. C’est peut-être injuste, mais la justice n’est qu'un jeu d’échecs. (Il fait une pause de trois secondes) C’est pourquoi j’ai voulu t’exécuter.


MEURSAULT (un peu fâché) : Cependant vous n’avez pas écrit mon exécution, vous n’avez pas montré ma mort ! 


 CAMUS : Tu sais bien que je ne suis pas un grand admirateur des exécutions publiques, contrairement à toi.


 MEURSAULT : C’est vrai que je trouve ces exécutions assez intéressantes . D'accord, vous avez justifié ma mort, j’aimerais savoir maintenant pourquoi vous ne m’avez pas laissé rester les dernières minutes de ma vie avec Marie (Inexpressif).



CAMUS : Ça ferait partie d’une des réalités et injustices de la vie, mais le fait de que tu aies trouvé la paix avec la vie et le monde a été une manière de te faire comprendre   que tu appréciais ta vie, les petites choses sans importance comme les instants dans l’eau, à la plage, à côté de Marie.

 MEURSAULT : Je comprends  (pause de deux secondes).  Au revoir, Albert.


 ALBERT CAMUS : Tu me manqueras, Meursault.


Ils s’embrassent.

 
 

La lumière s’éteint pendent trois secondes, quand elle se rallume, Meursault n’est plus dans la salle. On voit Camus se lever et partir.

 

anonyme 2d 7


 Acte I scène 1

 
 
                    MEURSAULT, ALBERT CAMUS et CELESTE.

La scène se passe chez Céleste, dans une autre vie après la mort.



MEURSAULT: (inquiet)  Céleste, pourquoi pleurez-vous? Expliquez-le moi.

Camus apparaît dans le restaurant de Céleste.

CAMUS: Il ne va pas vous entendre. Tout est terminé maintenant.

MEURSAULT: Terminé? Non, on ne m’a pas tué. Je ne sais pas pourquoi je suis encore ici, dans ce monde bizarre, mais j’y suis.

CAMUS: Bizarre? Qu’entendez-vous par bizarre?

MEURSAULT: C’est ce que je ne comprends pas…

CAMUS: Vous ne comprenez pas pourquoi vous êtes arrivé ici? Dans ce monde, comme vous le dites, bizarre? Pourquoi vous êtes maintenant ici, si le monde pense que vous ne le méritez pas?

MEURSAULT: C’est ça… Qui êtes vous?

CAMUS: Ça n’a pas d’importance… la seule chose qui est importante ici, c’est que je comprenne ce que vous pensez et pourquoi.

MEURSAULT: Je pense que tout est bizarre. C’est juste ça, incompréhensible, un monde où rien n’est justifié.

CAMUS: Comme vous-même, alors.

MEURSAULT, en allumant une cigarette : J’ai besoin d’un café.

CAMUS: Vous savez, un jour, dans mon existence j’ai créé un personnage comme vous. Étranger au monde et à la société; qui ne voulait rien comprendre et avait peu de sentiments.

MEURSAULT: Céleste, préparez-moi un café, s’il vous plaît.

CAMUS: Je vous le répète : Céleste n’est pas dans notre monde.

MEURSAULT: Pourtant je le vois!

CAMUS: Parlez-moi de votre vie.

MEURSAULT: Maman est morte. Mais ce n’est pas un problème. Je ne suis pas amoureux. Je ne connais pas l’amour, ni aucun sentiment qui lui ressemble. J’ai déjà vu couler du sang à cause de moi. Et je n’ai pas de croyances.

CAMUS: Est-ce que vous comprenez le sens de la famille? Des relations?

MEURSAULT: Non.

CAMUS: Moi non plus. C’est peut-être pour cela que vous êtes comme ça.

Un silence s’installe dans la salle.

CAMUS: Quand vous pensez à une autre vie, à quoi pensez –vous?

MEURSAULT: À un monde froid, tranquille, sans relations étroites ni complications. Un monde où il est juste  question de vivre, sans rien faire, pour être accepté par la société. Un monde, sans rien comprendre, sans explications.

Á ce moment on entend des cris de haine à la télévision du restaurant.

CAMUS: Observez, essayez de comprendre.

MEURSAULT: C’est moi. Je me vois, je me sens. C’est maintenant que je comprends, je suis dans un rêve, un rêve qui va devenir éternel.

La mort de Meursault est présentée à la télévision, quelqu’un l’a enregistrée.

CAMUS: Que pensez-vous? Que comprenez-vous?

MEURSAULT: Tout. Pour une fois dans mon existence, je comprends.

CAMUS: C’est maintenant que le jour de la cohérence est arrivé. Vous êtes mort, et vous avez été condamné parce que vous étiez un étranger.
 
  
 

 Patricia Rodríguez, 2d7, Barcelone, 2007


                                            
       Acte I, scène 1


MEURSAULT, CAMUS, CELESTE

 
 Le restaurant est plein. Les deux hommes, Meursault et Camus, sont assis côte à côte. Céleste sert des cafés aux clients.


 

CAMUS : Regarde la pièce, étonné. Où suis-je ?

MEURSAULT : Il fume une cigarette, après avoir craché la fumée deux ou trois fois, il sourit péniblement. Vous êtes chez Céleste.

CAMUS : Il le regarde pendant quelques secondes. Je suis Albert Camus, et vous ?

MEURSAULT : Je m’appelle Meursault. Bon, alors, quelle est votre excuse ?

CAMUS : Pourquoi aurais-je besoin d’une excuse ?

Céleste : Ah! Alors vous n’avez vraiment aucune idée des raisons pour lesquelles vous êtes là ? Il leur sert deux cafés, et part.

MEURSAULT : Vous êtes dans le monde des morts.

CAMUS : Pardon ?

MEURSAULT : Mais oui, (il soupire) c’est le monde des morts, là où tout le monde va lorsque sa vie est accomplie. Personne n’est dispensé de cela, hommes, femmes, enfants, personnages de fiction… Moi, par exemple, c’est à cause de vous que je suis mort. Vous m’avez condamné à mort, pour le fait d’avoir tué un Arabe.

CAMUS : Vous êtes donc « L’étranger » ?

MEURSAULT (Il éteint la cigarette et boit petit à petit le café) : Déçu ?

CAMUS : Plutôt étonné, je n’imaginais pas que je vous rencontrerais un jour.

MEURSAULT : Alors, quelle est votre excuse ?

CAMUS : Je ne suis pas certain..., je dirais un accident de voiture. Il boit  petit à petit aussi. Finalement il parle d’une voix éteinte. Nous nous sommes trompés.

MEURSAULT : Je sais, moi aussi, je l’ai pensé. Je vois que vous avez eu le temps de songer à la vie et à la mort.

CAMUS : Cela ne veut rien dire, penser à la vie et à la mort… Nous finissons tous pareil.

MEURSAULT : Cela est vrai. Maintenant on est tous des étrangers, rejetés de la vie. Vous êtes triste d’être mort ?

CAMUS : Pas du tout. La mort est une obligation, une condamnation qu’on reçoit dès que nous naissons. Maintenant je suis libre. Et vous ?

MEURSAULT : La vie que je menais était morte aussi. Nous pouvons donc dire que j’ai simplement déménagé. Est-ce que l’idée de me tuer, vous l’avez eu d’un coup, à la fin, ou c’était un assassinat prémédité ?

CAMUS : Plutôt la deuxième option. Mais alors, si la vie et la mort sont la même chose, pourquoi on est là ?

MEURSAULT : Peut-être que c’est le début d’une autre vie. La vie est bien étrange. Tout se doit à des hasards : si maman n’était pas morte, je ne serais pas là ; cela est pareil pour le Tchécoslovaque. Absurde et naturel. Tout est absurde et naturel, parce qu’une  chose ne veut rien dire sans l’autre. Si rien n’était absurde, on n’aurait pas la notion de la naturalité des choses.

CAMUS : Cela est vrai. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

MEURSAULT : Maintenant… on songe.


Les deux hommes continuent à boire leur café.

 

                    Claudia Mendoza


                       

ACTE I , scène 2

                                            MEURSAULT, ALBERT CAMUS, CÉLESTE

MEURSAULT est, comme d’habitude, en train de déjeuner chez Céleste, un journal dans la main. Soudain, Albert CAMUS entre dans le local et s’asseoit juste à côté de lui.

 

MEURSAULT à Albert CAMUS : Excusez-moi, c’est bien vous sur la photo de ce journal ? C’est bien vous l’auteur de L´étranger ?

ALBERT CAMUS :Ah ! Oui,monsieur (petits rires).  Il  a été choisi meilleur livre de la semaine par la revue Capital.

MEURSAULT : Eh bien, monsieur, félicitations !

Albert CAMUS et MEURSAULT se regardent pendant quelques instants sans rien dire.

MEURSAULT : C’est vous ! C’est vous qui m’avez fait naître et mourir ! C’est moi, Meursault ! Je vous cherchais depuis longtemps pour vous parler…

ALBERT CAMUS surpris :Meursault? Mais que me dites-vous ? Meursault n’est qu’un simple personnage de mon livre !

MEURSAULT, insistant : Mais, vous ne me voyez donc pas ?  Ne suis-je pas exactement comme vous m’imaginiez ? Ne sommes nous pas ici, chez Céleste  comme moi d’habitude ? (Silence)  Alors ?

ALBERT CAMUS inquiet et pensif, regarde Meursault. Mais…c’est vrai ! C’est vous ! Alors là…je ne m’y attendais pas ! Comment allez vous ?

MEURSAULT, très calme : Comment je vais ? Ça va dans l’ensemble. Je me suis fait guillotiner, ma mère est morte, j’ai tué un Arabe, mais, dans l’ensemble, je vais bien.

ALBERT CAMUS : Oh ! Mais, vous savez, je ne voulais que me refléter dans vous ! Aucun des deux n’a eu de relations très affectives avec sa mère, nous aimons la mer, la plage et le soleil (que nous détestons aussi !). Nous avons vécu tous les deux à Alger.

MEURSAULT : Ah, bon.

ALBERT CAMUS : Nous sommes tous les deux morts jeunes, nous n’avons pas connu de père…Vous voyez ?Je me suis bien reflété dans vous !

MEURSAULT : Oui, je vois.

ALBERT CAMUS,  un peu embarrassé : Mais, vous savez, vous pouvez me parler, me dire ce que vous pensez. Vous pouvez me dire si vous êtes d’accord avec moi ou pas.

MEURSAULT : Oui, je trouve ma vie assez intéressante…

ALBERT CAMUS : Et Marie ? Et Raymond ? Et l’aumônier ?

MEURSAULT : Marie et Raymond ? Bof…cela fait longtemps que je n’ai plus entendu parler d’eux…quant à l’aumônier, je trouve ce personnage inutile et agaçant.

ALBERT CAMUS, un peu énervé : Bon, pourquoi cherchiez-vous à me parler ?

MEURSAULT : Oh ! Ce n’est que pour vous demander un petit détail sur mon personnage...

ALBERT CAMUS :Je vous écoute.

MEURSAULT : Je voulais juste savoir ce que je suis exactement pour vous. Je cherche à savoir comment vous me voyez et ce que vous attendez de moi.

ALBERT CAMUS : Ce que j’attends de vous ? Je veux que vous choquiez mes lecteurs, que ceux-ci se souviennent que tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.

MEURSAULT : Donc, si je comprends bien,...ma vie sert à choquer...

ALBERT CAMUS : Votre vie sert à démontrer qu’un homme normal, avec un travail, des habitudes, des amis,  peut arriver à commettre un crime. D’ailleurs, je suis désolé de vous avoir tant fait souffrir avec le soleil ce jour là.

MEURSAULT : Eh oui ! Mais c’est cela qui m’a poussé à tirer ! Ce n’est pas la mort de maman !

ALBERT CAMUS insistant : Ce que je veux que vous compreniez c’est que lors de votre procès tous les indices trouvés contre vous on été utilisés ! Même les plus insignifiants !

MEURSAULT : D’accord. En regardant sa montre. Merci de m’avoir écouté. Malheureusement,  je dois partir... j’ai un rendez-vous.

ALBERT CAMUS : Avec qui ? Je n’ai rien écrit sur un rendez-vous.  moi !

MEURSAULT : Ah non ! Là je suis totalement indépendant de vous,  monsieur ! Maintenant je suis libre de faire ce que je veux !  Sans aumônier qui raconte des bêtises, sans personne pour me juger mal, sans Marie qui me demande de l’épouser, sans obligations !  Maintenant c’est moi qui choisis ma vie ! Je pars, je vais être en retard ! (en payant son déjeuner)  Je vous félicite encore une fois pour votre article dans les journaux ! (S'adressant à  Céleste)  Au revoir !

Il part

 

 Catherine Samper, 2d 7



                     ACTE I,  scène unique

             MEURSAULT, CAMUS, CÉLESTE

Un jour d´été, lors des  années trente, Camus rencontre Meursault à la cuisine de chez Céleste. Une lumière brillante sort d´un étrange livre qui est situé au-dessus du bureau. Cette lumière provient de la maison de Céleste, où comme d´habitude, celui-ci déjeune avec Meursault.

 

CAMUS : Où suis-je ?

MEURSAULT (surpris) : Vous êtes à Alger, Chez Céleste.

CAMUS (regardant d´un air familier le lieu) : Est-ce que vous vous appelez Meursault ?

MEURSAULT (étourdi) : Comment le savez-vous ?

CAMUS : Je suis votre créateur, Albert Camus.

MEURSAULT (d´un air content) : Oh !! Enchanté, Monsieur ! Merci, de m´avoir créé. Mais, pardonnez-moi, quelles raisons vous ont poussé à me créer ?

CAMUS : En premier lieu, la ressemblance de nos caractères et le même lieu de résidence.

MEURSAULT: Est-ce vous avez une résidence en Algérie ?

CAMUS : Oui, j´en ai justement une à Mondovi.

MEURSAULT : Ah, d´accord !

CÉLESTE (entrant dans la cuisine, fâché avec Meursault car celui-ci ne l'a pas présenté  à Camus) : Expliquez-moi, Monsieur, mais j´existe dans le livre « L´Étranger », n´est-ce pas ?

MEURSAULT : Oh, oui, oui…excusez-moi, cher Céleste.

Meursault présente Céleste à Camus.

CAMUS : Enchanté, c´est moi qui t´ai créé.

CÉLESTE : Merci.

Céleste se dirige vers sa chambre.

MEURSAULT : Est-ce que vous pouvez me définir comme une personne différente aux autres ?

CAMUS : J´ai créé une personne indifférente à la mort mais aussi un personnage unique dans l´histoire de la littérature française, ayant une personnalité contradictoire à celles de la réalité. Cependant, j´ai créé un individu avec des ennemis anormaux comme par exemple, le soleil et la lumière.

MEURSAULT : Pourquoi utilisez-vous le  soleil comme mon ennemi pendant tout ce livre ?

CAMUS : Parce que cela intrigue les lecteurs et aussi pour rendre ce livre de plus en plus intéressant. Le soleil sera capital pour la suite de l´histoire.

MEURSAULT : Pardonnez-moi si je suis têtu mais je veux savoir pourquoi j´ai attendu entre le premier coup et le quatrième ?

CAMUS (en se dirigeant vers le livre) : Je dois y aller. Je dois finir un livre appelé « La Peste ». On se retrouvera dans une autre vie, Meursault.

MEURSAULT : Je dois vous demander  encore plus de choses, Monsieur.

CAMUS : Meursault, comprenez que vous devez trouver vos erreurs dans votre personnalité et en vous posant des questions vous-même. Je vous ai donné les bases, maintenant c´est à vous.

 

La scène  finit avec l´apparition d´une lumière bleue dans ce livre appelé « L´étranger ».

 

 

Elisabeth CARNÉ, 2d 7, 2007