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DISCOURS D'ÉTIENNE LANTIER, DÉPUTÉ

PREMIER DISCOURS D’ÉTIENNE LANTIER, DÉPUTÉ DE LILLE, DEVANT L’ASSEMBLÉE NATIONALE  (1876)

 

                                 -Chers Messieurs les députés,

Je me trouve aujourd’hui ici, à l’Assemblée Nationale, en tant que jeune député pour le bassin minier de Lille, mais aussi en tant qu’homme d’expérience, en tant qu’ouvrier qui a vécu les désastres de la grève de 1866 à Montsou. Je ne veux point évoquer de lointains souvenirs, puérils dans ma mémoire, et qui seraient sans importance aux yeux de cette assemblée, mais des faits qui ont changé ma vision de la vie, et celle de milliers de mineurs. J’ai habité avec ces mineurs, j’ai travaillé dans les mines du Nord, à coups de rivelaine, le dos cassé, la houille dans la gorge, parmi tous les autres mineurs de Montsou. Et ce sont ces faits-là que je veux évoquer, et ainsi changer aussi votre vision de la vie, pour qu’enfin les mineurs de Montsou puissent vivre en tant qu’hommes, avec leurs droits, et non pas en tant qu’esclaves.

Mon travail à la mine, au Voreux, et ma vie parmi ces ouvriers ont été durs, mais ils m’ont permis de voir clair, au-delà des corons et des brasiers. Si au début, il y a maintenant plus de onze ans, lorsque je suis arrivé de Marchiennes, hagard et sans un sou, tout semblait noir, une lueur d’espoir est apparue. Tant de souffrance n’était point nécessaire ! Pourquoi ne pouvions-nous pas vivre en commun accord, mieux payés et mieux nourris ? Telle était ma vision de la vie, Messieurs, une vision socialiste et révolutionnaire, mais sans trop d’espoir. C’était une rose qui germait au milieu d’un champ de betteraves. Cependant, mon séjour parmi les mineurs du coron des Deux Cent Quarante, s’il a été plein de hargne et de misère, s’est vite transformé en une lutte, une guerre pour l’égalité, mais qui a plus tard échoué.

Un an et un mois. Voici le temps que j’ai mis pour comprendre qu’il n’y avait point de solution si c’était par le conflit que nous voulions parvenir à cette égalité tant désirée. D’ailleurs, la grève n’a conduit qu’à des malheurs. Des fusillades, des meurtres, des famines, un sabotage qui a failli me coûter la vie…

Je ne néglige pas le simple fait d’avoir mangé avec ces mineurs, d’avoir bu avec eux, d’avoir travaillé avec eux dans la mine. Comment avais-je pensé que par la grève on aboutirait à quelque chose ? Beaucoup de mineurs ne savaient même pas lire, maints étaient ceux qui se moquaient de la politique, mais ils travaillaient avec ardeur, malgré les risques divers et nombreux des veines du Voreux. Et je travaillais avec eux. Le fait d’avoir vécu dans les mêmes conditions qu’eux, de savoir ce qu’est le travail d’un mineur, m’autorise à parler avec tant d’éloquence, de réalisme et de franchise, déclarant librement l’injustice que subissent les mineurs de Montsou. Et pas seulement les mineurs de Montsou, mais beaucoup d’autres à travers la France.

Puisque je parle ainsi devant vous, Messieurs les Députés, maintenant en tant que mineur même, je peux demander au nom de tous une réforme, une amélioration dans le système de travail des mines et dans la vie du mineur. Cette réforme permettra aux mineurs de mieux travailler, et cela évitera les grèves. Je demande la considération de l’Assemblée Nationale envers ce thème, si important et si délicat.

Merci de votre attention.

 

 

       Ignacio Navarro, 2d 6 


DISCOURS D’ÉTIENNE LANTIER, DÉPUTÉ DU NORD, À L’ASSEMBLÉE  NATIONALE

 

 Dix ans après avoir rejoint Pluchart à Paris, Étienne a été élu député pour la circonscription de Lille, dans le bassin minier. Voici son premier discours à l’Assemblée Nationale.

 

       «Monsieur le Président, Messieurs les Députés, je suis ici pour vous parler des problèmes importants des mineurs et de ce qui devrait être fait. Moi-même, je fus mineur, et voyez ce que je suis devenu. Je suis ici pour essayer d’abolir les préjugés qu’ont la plupart de nos concitoyens envers les mineurs. Pour cela je voudrais vous faire part de mon histoire. J’essaierai de faire court et d’aller à l’essentiel puisque nous savons tous que le temps nous est précieux.

     Il y a dix ans de cela, j’errais dans la rue et le froid à la recherche d’un travail. J’avançais dans la nuit noire de Montsou quand je vis le coron. Je m’approchais du coron, bien que sachant que je ne trouverais aucun travail, et je vis devant moi un vieux bonhomme se réchauffant devant un feu. Il m’expliqua que cette fosse était appelée le « Voreux ». J’appris que ce vieil homme s’appelait Bonnemort, qu’il était mineur depuis longtemps et qu’il était atteint de la maladie du mineur.

     Il faisait partie de la famille Maheu, une famille typique de mineurs, qui m’accueillit à bras ouverts, bien qu’ils aient beaucoup de soucis. La plupart des enfants travaillaient dans la mine, très tôt d’ailleurs. M. Maheu m’amena à la mine et je fus recruté comme « herscheur ». Comme  l’était leur fille aînée de quinze ans. Les  « herscheurs » sont les personnes qui poussent les wagons transportant le charbon. Cette jeune fille m’apprit toutes les ficelles de ce métier qui, croyez-en mon expérience, n’est pas un travail facile. Pour vous donner un exemple : je fis dérailler mon chariot et cette jeune fille le redressa sans peine tandis que j’avais échoué. Ce fut une chose assez humiliante, je dois dire. Au fil du temps, j’appris mon métier avec cette aide précieuse pour moi, et je fus intégré parmi les mineurs. ainsi que dans la famille qui m’hébergeait. Le temps passa ; mais le grondement des familles, bien que faible, se ressentait avec force.

     Tout le monde en parlait mais personne n’agissait. Je reçus des nouvelles d’un ancien collègue à moi, Monsieur Pluchart, m’expliquant qu’avec la naissance de la Première Internationale, la grève des mineurs était déclarée. Avec ma fougue de jeune socialiste, je décidai de réveiller ces âmes en colère. C’est ainsi que la grève commença. Bien qu’il y ait eu quelques récalcitrants, la grève eut lieu et c’est grâce à cet esprit particulier qu’ont les mineurs, cet esprit de camaraderie et de fidélité, qu’ils restèrent tous à la surface. Vous me direz sûrement que certains sont redescendus, je suis d’accord avec vous, mais en voyant que les mineurs en grève allaient les obliger à remonter, ils l’ont fait sans attendre. Il y eut beaucoup de combats, je l’avoue.

     Mais, moi qui l’ai vécu, je peux vous dire que, bien que cruel, ce fut justifié. Si on faiblissait, on était condamnés. Nous restâmes aussi longtemps que possible en grève, mais quand le manque de nourriture est trop important, il faut abandonner. Ce qui me valut beaucoup de haine de la part de la Maheude, qui était devenue plus forte d’esprit que je ne l’étais. Cet échec eut d’énormes conséquences, la plupart du temps désastreuses, pour les mineurs. Dans le cas de ma famille bienfaitrice, le père mourut et la fille aînée périt dans mes bras à cause d’un sabotage de la mine visant les soi-disant « traîtres » ; et la mère fut obligée de retourner travailler pour nourrir les dernières bouches qui restaient. Je partis seul du coron, mais avec l’accompagnement

     Voici mon histoire, Messieurs les Députés, et voyez ce que je suis devenu. Je représente l’évolution du mineur et c’est grâce à l’expérience vécue à Montsou que je me suis formé. Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous fais part de mon histoire, Monsieur le Président, Messieurs les Députés. Voilà ce que je réponds à vos questions.

     Je suis ici pour aider les mineurs, pour améliorer leurs conditions de vie et pour changer les préjugés envers ceux-ci. Moi qui ai vécu parmi eux, je peux vous dire que ces gens sont fidèles, loyaux, travailleurs. Il y a un esprit de partage et de camaraderie entre eux. Je voudrais aider ces gens, dont j’ai fait partie il y a bien longtemps, pour qu’ils puissent vivre dans de meilleures conditions que celles dans lesquelles l’Etat les  a mis. Moi, qui ai vu ces hommes, ces familles atteints de maladie que l’aimable assistance ne connaît sûrement pas, je voudrais que l’Etat prenne en charge ces familles, ces hommes, qui sont, rappelons-le, l’essence même de notre monde.

Je n’ai qu’une seule chose à ajouter. J’ai cet esprit et cette lucidité grâce à mon apprentissage de la vie par cette courte vie à Montsou. Ce travail, la vision de cette manière de vivre, m’ont ouvert les yeux et bien que je sois arrivé haut dans l’échelle sociale, je suis toujours le même Etienne Lantier, ancien mineur de Montsou. Pour finir, Monsieur le Président, je tiens à rappeler à l'assemblée que l’Etat est là pour servir le peuple, et non le contraire ! Merci de m’avoir accordé votre attention et au revoir.

 

      Thibaut Legrand, 2d 6


PREMIER DISCOURS D’ÉTIENNE LANTIER, DÉPUTÉ DE LILLE, DEVANT L’ASSEMBLÉE NATIONALE (1876)

 

 

       Depuis 10 ans Étienne habite un appartement à côté du Jardin du Luxembourg à Paris. Il vient d’être élu député pour la circonscription de Lille, dans le bassin minier. Il écrit son premier discours où il veut refléter son expérience à Montsou. En regardant les flammes incandescentes de la cheminée, il se rappelle la sueur, cette chaleur suffocante de la mine, les galeries. Le bruit sourd et constant des rivelaines martille sa tête. Il écrit d’un mouvement accéléré, il est inspiré.

 

      « Messieurs  les Députés. Vous  avez le pouvoir et  beaucoup d’entre vous ne connaissent pas les problèmes que souffrent nos mineurs et ouvriers. Moi, comme représentant de cette partie de la société, oui, moi, car je suis un ouvrier, je les connais. J’ai vécu des moments horribles, de faim, de misère, de désespoir.   Pendant plus d’un an, j’ai partagé tout, même ma vie avec eux.

       La plaine rase de Montsou cachée sous l’obscurité mène chaque jour des milliers de mineurs à travers les champs de betteraves, vers des mines dans des conditions infrahumaines. Sans aucune récompense que  la misère, les familles laissent en héritage une vie de travail fatigant. Des familles entières, depuis des siècles, laissent leurs vies dans les veines, et ne reçoivent qu’une petite hausse des salaires.

       Je ne pouvais supporter une telle injustice, j’étais obligé de déclencher un changement, le bouleversement de cette société, d’en créer une nouvelle où on ne serait plus exploités par des bourgeois fainéants. Les ouvriers m’acclamaient, ils étaient avec moi. Après plusieurs rendez-vous, nous, les ouvriers, proclamâmes la grève. Nous résistâmes des mois pacifiquement, pas un bruit, pas une altération. Mais la Compagnie, ce grand bourgeois qui emplissait ses poches avec notre travail, restait couchée au fond de son tabernacle. La faim tuait les enfants, mais le pire c’est qu’elle faisait des personnes des bêtes incontrôlables. Des révoltes se succédèrent, je n’y pouvais rien. Lorsque le Vieil Empire envoya ses troupes, le sang coula. Le sang des enfants, des femmes, le sang des innocents. La mort envahissait le pays. Après ce reproche, le peuple lâche, terrifié, revint au travail. Je ne les critique point, moi-même étais revenu à la besogne, c’est leur instinct qui les obligea à rentrer aux fosses.

     Pourquoi, Messieurs les Députés, tout devint pire, pourquoi les vies ne furent pas améliorées? Cette réponse ne réside qu’en vous, Messieurs les Députés. Vous tous, vous avez le pouvoir de rendre justice. N’est-ce pas vrai que tous ces travailleurs méritent une récompense? Maintenant que le Vieil Empire est tombé, la justice inondera nos mines, nos champs, nos chemins de fer!!» 

       La chaleur coulait de son front, tout son corps s’emplissait d’un héroïsme dont il connaissait bien les effets. Ceux des réunions avec les mineurs dans la forêt.

       « Messieurs, la simple raison pour laquelle je suis ici, c’est de vous demander si vous confirmez votre appui à ma nouvelle société. »


       D’une voix ardente, il parlait sans fin, il se tenait debout au milieu de la Chambre des Députés à Paris. Tous l’écoutaient, les yeux brillants comme la Maheude lorsqu’elle imaginait cette ville d’une splendeur de mirage.

    « Messieurs les Députés, vous serez d’accord avec moi, on doit former une nouvelle société où chaque citoyen vivra de sa tâche et prendra sa part des joies communes. »

       Ce fut alors avec cette dernière phrase déjà prononcée chez les Maheu, qu’il fut acclamé. On pouvait entendre les vivats. C’était le sommet de sa célébrité. Étienne, fier de son idée, s’imaginait entre les camarades, il était sur le tronc d’un arbre. Catherine, Maheu et Chaval le regardaient et l’applaudissaient. C’était un de ces beaux dimanches d’avril où les mineurs germaient dans la lumière du printemps qui illuminait la vie sombre de ces pauvres gens.

 

 

                Irene Casado, 2d 6