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Catherine Maheu à sa mère (lettre)

      GERMINAL      ÉMILE ZOLA (1885)


Zola a, in extremis, sauvé Catherine. Après sa convalescence, elle écrit une lettre à sa mère , La Maheude, pour lui expliquer son comportement des mois précédents et essayer ainsi d’obtenir son pardon.  
Le roman a été lu en "lecture cursive".Nous en avons parlé ensemble une heure ou deux avant l'écriture du texte, qui a été faite en classe avec le livre.

                                                                                        

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AUTEURS:

Ariadana Garcés
Charlotte Vienne
Amandine


 



           
Chère Maman,

 

 

Je sais qu’au début tu auras envie de jeter, déchirer et même brûler cette lettre. Je le comprends. Néanmoins, je te demande de m’écouter une dernière fois. Je te supplie désespérément de le faire, de la même façon que moi j’ai supplié Dieu de nous sauver, Étienne et moi, quand nous étions attrapés dans la mine. Si tu as commencé à la lire, je te conseille d’arriver jusqu’au point final. Puis tu pourras t’en débarrasser ou en faire ce que tu voudras.

 

En premier lieu, je sais que je n’ai pas le droit de m’adresser à toi après tout ce qui s’est passé: le projet de grève d’Étienne et la caisse de prévoyance, les nouveaux tarifs imposés par la Compagnie s’appuyant sur le boisage, ma « relation » avec Chaval, Jeanlin qui a failli perdre ses jambes, la mort de Zacharie, la mort d’Alzire, celle de Papa...

Je le sais, je suppose que si, en ce moment, je me trouvais devant toi, tu me giflerais. C’est ce que je ferais à ta place, je ne te haïrais point. Probablement je n’obtiendrai pas ton pardon en te racontant tout ceci, mais c’est ce que j’aimerais par dessus tout…

 Ensuite, je me sentirais plus à l’aise après t’avoir expliqué mon comportement des derniers mois. Tout a commencé avec ma relation avec Chaval. À l’âge de quinze ans, personne n’a les idées claires, même si les circonstances peuvent accélérer le processus biologique et la maturité de chacun. Je n’ai pas la moindre excuse à ce sujet.

Je suis consciente que ta foi en cette grève n’était pas absolue mais je sais aussi que le fait que je sois partie avec Chaval vers Jean-Bart n’était pas admissible pour toi. J’étais aveuglée par la misère, la peur et l’angoisse qui nous entouraient.

Partir avec lui me semblait le plus logique car j’avais l’impression qu’il me guiderait. Malheureusement, j’ai eu tort. Je te le répète, je sais que je n’ai pas le droit d’obtenir ton pardon mais j’en serais heureuse et ravie.

J’ai pensé à tout cela pendant que je me trouvais avec Étienne dans la mine, attrapés tous les deux avec le corps inerte de mon ancien amant à côté. Je savais que j’allais mourir, j’en étais sûre et certaine. Heureusement, je me suis réveillée  sur les genoux d’Étienne en sentant le froid, l’eau qui nous congelait, le malheur, l’agonie, la souffrance, la faim, la mort...mais aussi l’espoir.

 

À présent, je sais pourquoi je ne suis pas morte dans ce « monstre qui avalait chaque jour sa ration de chair humaine »: je devais m’excuser, je sentais ce besoin dominateur que tu me pardonnes, même si on peut considérer cela un rêve, imaginaire et inaccessible comme tout rêve. Essayer de te convaincre pour que tu me concèdes ton pardon est la seule chose qui m’a permis de survivre.

 

Maintenant tu connais mon plus profond désir, et je peux mourir...

 

 

 

                                                          Catherine




Ariadna Garcés, 2d 4


 

                                     Mercredi 17 juin 1866

 
 


 

                             Chère Maman

 
 
 
 

 

 
 
   Tout d'abord je voudrais que tu saches que je suis très reconnaissante de tout ce que tu m'a appris, c'est d'ailleurs pour cela que j'ai eu durant longtemps l'envie de te faire plaisir.

 
 

  Je sais que j'ai fait des erreurs mais, je te l'assure, je ne les ai pas faites exprès. Tout cela est arrivé à cause de deux hommes.

 
 
 
 
   Tout a commencé à Montsou; Chaval et Etienne se disputaient à cause de moi. Ils étaient jaloux l'un de l'autre et moi je ne savais pas quoi faire: d'un côté la timidité et de l'autre l'envie de dire réellement ce que je pensais. La timidité l'a emporté et je me suis retrouvée dans les bras de Chaval.
 
 
 
   Ensuite, tout s'est précipité.
 
 
 
 
 
   Chaval m'a demandé de venir vivre avec lui, je ne pouvais pas refuser, je n'avais pas la force et je vous ai quittés sans un mot, sans rien dire. Je sais ce que cela a représenté pour vous: une bouche  en moins à nourrir mais aussi une personne en moins qui rapportait des sous, pour justement, toutes ces bouches à nourrir.

 
 
   Une fois chez Chaval, ce n’était pas du tout comme je l’avais imaginé, mais bien pire! Je pensais déjà connaître Chaval mais je m’étais trompée.
 
 

  Tu ne peux pas imaginer le nombre de fois où j’ai voulu partir en courant et revenir au numéro seize. Mais je ne pouvais pas; lui, m’obligeait et moi je me disais que je lui appartenais.
 
 
Lorsque la grève a commencé la querelle entre Etienne et Chaval a repris de plus belle. Chaval était jaloux qu’Etienne devienne le chef, que tout le monde l’écoute. Il faisait tout pour empêcher cette grève de réussir.
 
 
 Lorsque qu’Etienne a voulu en finir j’ai défendu Chaval. Je ne pouvais pas faire autrement, je lui appartenais mais c’était surtout lâche de la part de tous de se battre contre une personne. Cela aurait était une honte pour moi si on l’abîmait. Je sais qu’à ce moment-là tu as dû te demander ce que ta petite fille était devenue, car tu m’as vue. Mais je n’ai fait que mon devoir de femme et je suis sûre que tu le comprends à présent.
 
 
   Par la suite j’ai admis que je ne pourrais pas tenir longtemps aux côtés d’un homme pareil. Tout s’est décidé le soir où, tous les deux, nous sommes allés à “L’Avantage”. Là, Chaval a eu une crise de jalousie, mais celle-ci était beaucoup plus forte que d’habitude et il m’a laissée tomber en me reprochant mon attitude envers Etienne. J’ai passé la nuit dehors, je n’osais pas rentrer à la maison, j’avais trop peur de votre réaction mais surtout, j’avais honte.
 
 
 
 

   Puis le travail a repris et j’ai été forcée de suivre Chaval car malgré tout j’étais encore avec lui. Et cet accident est arrivé.

 

   Heureusement que je ne suis pas morte, il fallait que je te dise tout, que je t’explique les raisons de ce comportement qui n’était pas celui de la jeune fille que tu avais éduquée.

 
 
   J’ai été emportée, emportée par un homme violent, méchant,  jaloux.

 

   À présent que Chaval est mort, je me rends compte de tout le mal que j’ai pu vous causer et j’ai honte de moi!

 

   Je suis redevenue la fille que tu aimais.

 
 
   S’il te plaît, maman, pardonne-moi! Je veux rentrer à la maison et vous retrouver, comme avant.
 
 
 
 
 
 
Je t’embrasse.
 
 
 
 

                            Catherine

 
 
 
 
 
 
 

     Charlotte Vienne, 2d 4

 

 


                                                                            Le 8 juin 1866,  à Paris       

 

 

                               Chère Maman,

 

 

      Voilà à peu près deux mois que je suis partie de Marchiennes. Après ma convalescence, Étienne et moi sommes allés à Paris comme Étienne te l’a dit lorsqu’il t’a fait ses adieux. Je m’excuse d’être partie sans même t’avoir dit adieu mais j’avais honte. Je t’écris cette lettre pour diverses raisons. J’aimerais savoir comment les enfants se portent. Et toi comment vas-tu? Est-ce que grand-père parle enfin? Ou se trouve-t-il toujours aussi mal? Comment vont les gens au coron? Est-ce que la grossesse de la Levaque se passe bien?

       Je sais, je pose bien trop de questions et je ne dis pas la raison principale de cette lettre: maman, je m’excuse. Je m’excuse pour tout ce que j’ai fait. J’ai tellement de choses à me faire pardonner...

       Avant tout, pardonne moi de vous avoir quittés pour m’en aller avec Chaval à Jean-Bart. Lorsque j’ai essayé de t’expliquer la raison de mon départ, lors de mon retour à Marchiennes, tu ne m’as pas écoutée; j’espère qu’à présent tu le feras. Je ne vous ai pas laissés par amour pour lui, je ne l’aimais pas, mais il me battait, il fallait donc que je le suive sinon il m’aurait sûrement tuée. J’endurais les coups de Chaval pour vous, afin de rester avec lui, pour pouvoir travailler et vous envoyer le peu d’argent qu’il me restait de ma paie.

       Je sais aussi que lors de la mort de Père, quand tu m’as accueillie à la maison, je n’étais qu’un poids: une bouche de plus à nourrir alors que nous n’en n’avions pas les moyens et en plus je n’apportais rien à la maison car je ne travaillais pas.

       Tu m’en veux aussi sûrement du fait que je sois allée au Voreux ce jour-là, alors que tu me l’avais interdit. Mais je me sentais inutile, vous deviez vous nourrir et c’était l’unique solution. Je l’ai fait pour le bien de la famille.

        Et enfin, voici mon excuse la plus profonde et la plus sincère. Pardonne moi de t’avoir causé cette immense douleur, celle de perdre Zacharie. Chaque jour je pense à lui, mon frère ainé qui a perdu sa vie pour me sauver. Je me sens coupable et me dis que s’il est mort c’est à cause de moi. C’est peut-être aussi ton point de vue et pour cela je te demande de me pardonner.

        Je relis ma lettre et vois que je t’en demande peut-être trop...Prends le temps qu’il te faudra mais, s’il te plaît, pardonne moi. Je sais que mon comportement n’était pas un modèle pour mes frères et soeurs, mais je n’étais pas bien. J’étais malheureuse. J’avais tellement faim et je ne supportais plus Chaval qui chaque jour me frappait. Le travail à la fosse m’épuisait. Et j’avais besoin d’Étienne dans ces moments difficiles mais, à cause de Chaval, il ne pouvait pas être à mes côtés. De plus, la mort d’Alzire m’a beaucoup touchée et bouleversée, comme toi , mais je ne le montrais pas. Voici quelques raisons de tous mes actes. C’est pour cela que mon comportement a changé et que j’ai agi ainsi.

       J’espère que tu auras le temps de me répondre. Je te passe le bonjour d’Étienne ainsi que les sincères condoléances de Pluchart, un peu en retard.

 

 

                                           Je t’embrasse,

                                                                                       

                                                                          Catherine.

 

 

Amandine