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TÉLEGRAMMES du MONDE pastiches de HENRI MICHAUX

PASTICHES DE:

TÉLÉGRAMME DE DAKAR     HENRI MICHAUX

Dans le noir, le soir,
auto dans la campagne.
Baobabs, Baobabs,
baobabs,
Plaine à baobabs.

Baobabs beaucoup baobabs
baobabs
près. loin, alentour,
Baobabs, Baobabs.

Dans le noir, le soir,
sous des nuages bas, blafards, informes,
loqueteux, crasseux,
en charpie, chassés vachement
par vent qu'on ne sent pas,
sous des nuages pour glas,
immobiles comme morts sont les baobabs.

Malédiction!
Malédiction sur CHAM!
Malédiction sur ce continent!

Village
village endormi
village passe

De nouveau dans la plaine rouverte: Baobabs
Baobabs baobabs baobabs
Afrique en proie aux baobabs!

Féodaux de la Savane. Vieillards-Scorpions.
Ruines aux reins tenaces. Poteaux de la Savane.
Tams-tams morbides de la Terre de misère.
Messes d'un continent qui prend peur
Baobabs.

Village

Noirs
Noirs combien plus noirs que de hâle
Têtes noires sans défense avalées par la nuit.
On parle à des décapités
les décapités répondent en " ouolof "
la nuit leur vole encore leurs gestes.
Visages nivelés, moulés tout doux sans appuyer
village de visages noirs
village d'un instant
village passe

Baobab Baobab
Problème toujours là, planté.
Pétrifié - exacerbé
arbre-caisson aux rameaux-lourds
aux bras éléphantiasiques, qui ne sait fléchir.

Oh lointains
Oh sombres lointains couvés par d'autres
Baobabs
Baobabs, Baobabs, Baobabs
Baobabs que je ne verrai jamais
répandus à l'infini. Baobabs.

Parfois s'envole un oiseau, très bas, sans élan,
comme une loque
Un Musulman collé à la terre implore Allah
Plus de Baobabs.

Oh mer jamais encore aussi amère
Le port au loin montre ses petites pinces
(escale maigre farouchement étreinte).


Plus
plus
plus de baobabs
baobabs
baobabs
peut-être jamais plus
baobabs
baobabs
baobabs.

 PASTICHES:

1 Télégramme des Etats-Unis    Alejandro Fantidis, 2d 8

2 Télégramme du Japon Alma Lherminier, 2d 8

3 L’intervention des forces de l’ordre   Nabil Hammoumi,  2d 5

 


 TÉLÉGRAMME DES ÉTATS-UNIS

 

Dans le soir de couleur miel

autos dans la ville

Gratte-ciels, gratte-ciels

gratte-ciels

pleins de gratte-ciels

 

Gratte-ciels beaucoup de gratte-ciels

gratte-ciels

près, loin, alentour

gratte-ciels, gratte-ciels

 

Les soirs couleur miel traversent nuages, hauts, grands, formels

vitreux, bleus

géants, qui impressionnent vachement

les fourmis humaines qui les voient clairement

traversent les nuages

immobiles comme des arbres sont les gratte-ciels

 

Grandeur!

Grandeur qu'on voit!

Grandeur qu'on doit voir!

 

Oiseaux

oiseaux volants

oiseaux qui se donnent un coup

 

Maîtres de la ville. Nouveaux tyrans.

Nouveaux édifices. Impulseurs du capitalisme.

Diables et démons venant du plus profond

arrivant jusqu'au ciel faisant peur à Satan

Gratte-ciels.

 

Quelques

nombreux

beaucoup de gratte-ciels.

Heureuse disparition à jamais des

gratte-ciels

gratte-ciels

gratte-ciels.

 

  Alejandro Fantidis, 2d7, 2004, Madrid


 TÉLÉGRAMME DU JAPON

 

Sakura partout Sakura

sur les montagnes, dans les plaines,

partout dans les villes,

conquis par sakura.

 

 

Neige de fleurs

chemin de neige,

fleurs qui glissent dans l’air

emportées par la douce brise,

pétales tourbillonnent un à un

un à un fleurissent,

paradis de fleurs Sakura.

 

Sakuras, sakuras

mer de sakura

terre de sakura

Sakura

 

Le soir dans le noir une lumière blanche.

Le soir ville éclairée dans le noir par Sakura.

 

Au  sommet de sa  beauté

je vois des pétales glisser dans l’air

comme un papillon.

Sakura ne veut montrer que sa beauté

 

Sakura partout, Sakura

toujours sakura

en printemps sakura

neige de Sakura.

 

    Alma Lherminier, 2d 7, 2004, Madrid



 INTERVENTION DES FORCES DE L’ORDRE

 

Dans le parc, le soir

Les gens  discutent, s’amusent

Police, police

Police

Soudain la police

Débarque

 

Police beaucoup police

Police

Ici, là-bas, à côté

Police, police

 

Dans le parc, le soir

Avec tous les amis.

Courant, frappant, fouillant

Emprisonnant

Sous les visages pâles des innocents

La police fait son

Intervention

 

Fuyez!

Fuyez loin!

Fuyez pour ne pas vous faire attraper!

 

Agression !

Agression sur l’un!

Agression sur l’autre !

 

Encore dans le parc la police débarque

Police, police, police

Les gens sont les proies de la police!

 

Instruits pour faire justice.

Jeunes, âgés, gros, maigres

Ils frappent à tort et à travers

 

Agression sur l’un!

Agression sur l’autre!

Agression!

 

Police police

Ils sont toujours là, armés

Insensibles – agressifs

Agents aux pouvoirs limités

Dirigés par un supérieur

 

Oh furieux

Oh actes violents accentués par la douleur

Police

Police, police, police

Police qui me fait mal

M’entourant sans issue, police

 

Parfois des cris s’entendent, très loin, sans force

Comme une vieille dame qui souffre

L’innocent  menotté implore la justice.

Plus de police

 

Oh  sirènes qu’on entend

L’hôpital au loin accueille les victimes

De la rage

 

Plus

Plus

Plus de police

Police

Police

Peut-être jamais plus

Police

Police

Police




Nabil Hammoumi, 2d 5