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JEU DE L'INTRUS 2004

JEU DE L’ INTRUS  ou  LES ÉTRANGES RENCONTRES


Ce jeu consiste à faire entrer un personnage connu d'une œuvre
littéraire dans une autre œuvre qui peut être de genre ou d'époque différents.

  Ici les rencontres ont lieu dans le café de Céleste à Alger, où le
"héros" de L'ÉTRANGER  de CAMUS déjeune habituellement. L'invité
était un personnage de BEL-AMI de MAUPASSANT, le "héros", GEORGES
DUROY (ou DU ROY) ou le poète NORBERT DE VARENNE, sorte d'alter ego de
Maupassant.


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TEXTES et AUTEURS:
 
1 Meursault et Norbert de Varenne chez Céleste   Alejandro Fantidis, 2d 7
2 Meursault et Georges Duroy chez Céleste  Julien Renaud, 2d 5

3 Meursault et Georges Du Roy chez Céleste  Simon De Perre, 2d 5

4 Meursault et Norbert de Varenne chez Céleste   Celia Gallo, 2d 7

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texte 1


Acte I, scène 1
Meursault, Norbert de Varenne, Céleste.
L'action se passe dans le restaurant de Céleste.

CÉLESTE: Est-il bon, mon riz?
MEURSAULT: Il n'est pas mal, ni trop froid, ni trop chaud.
CÉLESTE: On vous voit un peu noir ce soir...


MEURSAULT:
Comme votre riz.




CÉLESTE: Je vous laisse en paix.


Céleste part
à la cuisine mais le bruit de la porte le paralyse.


 NORBERT DE VARENNE: (Il entre) Bonjour.


CÉLESTE:
Bonjour. Que voulez-vous?


NORBERT DE
VARENNE: Un hamburger.


CÉLESTE: Ok.
Vous l'aurez en dix minutes.


NORBERT DE
VARENNE: Merci.


MEURSAULT:
A lui-même.)
Tiens, voilà un étranger.


NORBERT DE
VARENNE: (A Meursault) Puis-je m'asseoir à cette table?


MEURSAULT: (Avec
indifférence)
Pourquoi pas?


NORBERT DE
VARENNE: Venez-vous habituellement?


MEURSAULT:
De temps en temps. Vous êtes nouveau par ici, n'est-ce pas?


NORBERT DE
VARENNE: Oui, c'est un désir avant de mourir...


MEURSAULT:
La mort vous attend?


NORBERT DE
VARENNE: Je l'ai sur le dos.


CÉLESTE :
Laissant le hamburger sur la table.  Voilà!


 Il
part.


NORBERT DE
VARENNE: Cette viande est noire, comme votre riz.


MEURSAULT:
On s'habitue.


NORBERT DE
VARENNE: Vous ne vous plaignez pas?


MEURSAULT:
Pourquoi le faire?


NORBERT DE
VARENNE: Vous êtes très passif.


MEURSAULT:
Et moi je vous vois très noir.


NORBERT DE
VARENNE: Solitaire...


MEURSAULT:
Et noir.


Pendant
quelques minutes nos deux hommes restent silencieux. Meursault regarde le
hamburger avec indifférence, pendant que Norbert de Varenne le regarde avec
peur. 


NORBERT DE
VARENNE: Quel est votre nom?


MEURSAULT:
Meursault.


NORBERT DE
VARENNE: Norbert de Varenne, enchanté. Vous ne me connaissez pas?


MEURSAULT:
Pourquoi dois-je vous connaître?


NORBERT DE
VARENNE: Vous avez raison, je serai plus connu quand je mourrai. Le hamburger
noir me rappelle le monde où nous vivons. La plus grande peste appelée mort
nous poursuit et se présente quand on a mon âge. C'est là que la vie n'a aucun
sens.


MEURSAULT:
Toute notre vie n'a pas de sens.


NORBERT DE
VARENNE: Vous croyez?


MEURSAULT:
Quand on est petit, on ne fait que recevoir des gifles des personnes qui se
font appeler parents. Mais est-ce bien vrai qu'ils sont nos parents? Moi, je
crois que non. Aucune personne ne peut nous dire qu'on est sorti du ventre de
cette femme qui nous appelle "fils". A vrai dire, ça ne nous
intéresse pas. A quoi sert un père, à quoi sert une mère? Il y a très peu de
temps, j'ai perdu une mère. Peut-être c'est une erreur, peut-être ma mère vit.
Mais, est-ce ma mère? Je n'ai jamais su répondre à cette question.


NORBERT DE
VARENNE: Que pense l'Église de votre mère? Doit-elle aller au Paradis ou en
Enfer?


MEURSAULT:
Je m'en fiche de l'Église, je n'y crois pas.


NORBERT DE
VARENNE: Moi non plus.


MEURSAULT:
Non?


NORBERT DE
VARENNE: Non.


MEURSAULT:
Nous sommes peu à ne pas croire à l'Église.


NORBERT DE
VARENNE: Hélas, oui. Maintenant, je crois seulement à la mort qui me retirera
cette vie.


(Il finit de
dîner.)


Je vous
donne un conseil, je suis vieux. Profitez de votre vie, car quand vous serez
vieux comme moi, vous aurez la douleur et la peur de la mort sur votre dos.


(Il se lève.)


MEURSAULT:
Je pense que la mort fait partie de la vie, elle ne m'importe pas.


NORBERT DE
VARENNE: C'est une opinion respectable. J'espère que vous ne souffrirez pas
comme je souffre maintenant. Au revoir, c'est un plaisir d'avoir parlé avec
vous.


MEURSAULT:
Au revoir.


(Norbert de
Varenne sort du restaurant et Céleste, ignorant où est Norbert de Varenne, se
dirige vers Meursault).


CÉLESTE: Où
est votre voisin?


MEURSAULT:
Il est sorti il y a un moment.


CÉLESTE:
L'étranger s'en est allé sans  payer! Il a oublié de payer!


MEURSAULT:
C'est ce que fait la mort…


 


Alejandro Fantidis,
2d 7, 2003- 2004, Madrid



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texte  2


                        Scène 1


DU ROY, MEURSAULT, CÉLESTE, MARIE


Meursault est assis à une table en train de manger. Il est perturbé par
l’arrivée de Du Roy.


DU
ROY : Céleste, apporte-moi un petit vin rouge, s’il te plaît.


CÉLESTE : Tout de suite, Georges.


DU ROY : Bonjour, Monsieur.


MEURSAULT : Bonjour.


DU ROY : Je m’appelle Georges Du Roy. Et vous, comment vous
appelez-vous ?


MEURSAULT : Meursault.


DU ROY : Et, votre prénom, quel est-il ?


MEURSAULT : (silence).


CÉLESTE : Voici, Monsieur Du Roy.


DU ROY : Merci, Céleste .


 (silence)


DU ROY : Vous savez, Monsieur Meursault, je suis député et si vous
avez des problèmes, je pourrais vous aider à les résoudre, bien sûr si ceux-ci
sont dans mes capacités.


MEURSAULT : Excusez-moi, Monsieur Du Roy, mais j’attends une amie.


DU ROY : A quelle heure arrive-t-elle?


MEURSAULT : Dans une bonne demi-heure.


DU ROY : Oh ! Mais nous avons tout le temps de faire connaissance.
Parlez-moi de cette bonne amie que vous attendez avec impatience.


MEURSAULT : Que voulez-vous que je vous dise ? C’est une très
bonne amie.


DU ROY : Vous êtes son amant ?


MEURSAULT : Si vous voulez… mais elle n’est pas mariée et moi non
plus.


DU ROY : Comme vous l’aimez, alors mariez-vous avec elle !


MEURSAULT : Se marier, à quoi ca sert ? Et en plus je ne sais
pas si je l’aime. Je crois que non.


DU ROY : Elle est belle ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle est gentille et drôle ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle est douce ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle vous plaît ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Donc vous l’aimez. Ne cherchez pas les complications. Vous
l’aimez, sinon vous ne seriez pas avec elle.


MEURSAULT : Peut-être.


DU ROY : Décrivez-la-moi.


MEURSAULT : Elle est grande, les cheveux bruns, longs et un peu
frisés à la pointe. Elle a les yeux bruns, un petit nez, des petites oreilles.
Elle est mince avec des grandes jambes. Voilà, c’est tout.


DU ROY : Bien, bien, c’est très bien, tout ça. Et quand
arrive-t-elle pour que je puisse faire sa connaissance ?  Elle a
l’air si charmante !


MEURSAULT : Elle ne va pas tarder. C’est la seconde fois qu’elle va
me revoir depuis que je suis sorti de prison.


DU ROY : Qu’aviez vous fait ?


MEURSAULT : Oh ! Rien de très grave. J’ai tué un Arabe à cause
du soleil.


DU ROY : Ah ! Je vois… (en aparté) Ce ne sera pas très
dur de lui emprunter cette jolie demoiselle.


MEURSAULT : Vous dites ?


DU ROY : Non, rien… Je disais que ce n’était pas une faute très
grave, surtout si c’est à cause du soleil.


MEURSAULT : Oui, oui.


DU ROY : (pensant) Il doit être un peu fou, ce gars-là, et
très démoralisé.


MEURSAULT : Tiens, la voilà. Bonjour, Marie.


MARIE : Ah ! Mon amour, bonjour, comment vas-tu ?


DU ROY : Bonjour, Mademoiselle. Je me présente. Je suis député. Je
me nomme Georges Du Roy


(Il lui fait le baise main.)


MARIE : Enchantée de faire votre connaissance, Monsieur.


MEURSAULT : Prends une chaise et vient dîner avec nous.


DU ROY : Ici, à côté de moi, il y a une place. Asseyez-vous y.


MARIE : Merci.


MEURSAULT : Parlons de vous, Monsieur Du Roy, car ma vie n’est pas très
importante ni intéressante.


DU ROY : Je suis député, marié avec Suzanne Walter, la fille du
propriétaire du journal «La Vie Française » où je travaillais auparavant.


MARIE : Vous êtes donc très riche ?


DU ROY : Oui, assez.


MEURSAULT : J’ai entendu parler de vous en prison. Il y avait un
ministre qui était là à cause de vous,  pour une histoire d’adultère, je
crois.


DU ROY : Oui, c’est ça, mais cela était avec ma première
femme,  Madeleine Forestier. (Pensant) Je vois bien que je lui
plais à la petite Marie, elle n’arrête pas de me regarder.


MEURSAULT : Il faut que j’aille voir mon avocat. Marie, on se voit
demain ?


MARIE : Oui, au revoir.


DU ROY : Je vous raccompagne, Mademoiselle.


MARIE : Heu ! Oui, si vous voulez.


 


Simon De
Perre, 2d 5   Madrid 2004


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texte 3


   
              


                                  MEURSAULT,
CÉLESTE, UN ÉTRANGER, voix de Maupassant.


 


Meursault est en train de
déjeuner chez Céleste, un étranger entre.


MEURSAULT à Céleste :
Je te disais que Camus m’a fait rencontrer Marie dans la mer alors que j’aurais
préféré qu’on se retrouve à l’hôtel ou au bureau. Mais, bon, tu sais comment
sont les auteurs.


L’ÉTRANGER : En effet,
les auteurs sont très particuliers.


MEURSAULT : Comment vous
appelez-vous ? Et que venez-vous faire dans mon roman ?


L’ETRANGER : Et bien, je
suis le héros d’un roman de Maupassant, je suis plein d’ambition, j’adore les
femmes que, en toute modestie, je séduis assez facilement.


MEURSAULT : Je ne connais
pas Maupassant, mais en tout cas, pour porter un nom pareil, il doit être
connu.


L’ETRANGER : Je ne vois
pas le rapport ?


MEURSAULT : Il n’y en a
aucun. Qui êtes-vous ?


L’ETRANGER : Mais, enfin,
vous ne me connaissez pas ?


MEURSAULT : Non et
connaître ou pas votre nom m’est totalement égal !


L’ETRANGER : Je suis
Georges Du Roy ou si vous préférez, Bel Ami.


MEURSAULT : Asseyez-vous,
Georges.


L’ETRANGER-GEORGES :
Merci beaucoup. Je vous disais que…


CELESTE : Que veux-tu
manger, l’étranger.


GEORGES (consultant le menu) :
Je ne sais pas trop. J’hésite entre le saumon et le filet de bœuf. Ces deux
choix sont certes opposés mais je n’ai aucune idée de ce que je pourrais
prendre d’autre.


MEURSAULT : Lequel de tes
deux plats est le meilleur, Céleste ?


CELESTE : Tous mes plats
sont bons !


MEURSAULT : Moi, dans ce
cas là, je dirais que ça m’est égal et je laisserais faire le choix à Céleste.


GEORGES : C’est donc ce
que je vais faire.


CELESTE : Très bien,
C’est parti ! Je ne vous annonce pas quel plat vous aurez, ce sera une
surprise…


GEORGES : Pour reprendre
notre conversation, c’est Camus qui m’envoie.


MEURSAULT : Oui…


GEORGES : Il voudrait
vous faire part d’un grave dilemme qui se pose pour la fin du roman dont tu es
le héros. Je peux te tutoyer ?


MEURSAULT : Si tu veux,
ça m’est égal.


GEORGES : Oui, donc il
voudrait que je t’apprenne l’ambition.


MEURSAULT : Pour quoi
faire ?


GEORGES : A la fin du
roman, soit tu meurs après  avoir tué un arabe soit tu deviens riche et je
ne t’en dis pas plus.


MEURSAULT : Ce problème
est difficile !


GEORGES : Je ne te le
fais pas dire.


MEURSAULT : Je ne vois
pas la différence entre mourir riche et vieux et mourir  pauvre et jeune.


GEORGES : Pourtant il y
en a une.


MEURSAULT : Quoi ?


GEORGES : Une
différence !


MEURSAULT : Oui, dans un
cas tu meurs le plus riche du cimetière.


GEORGES (sans prendre en
compte la remarque de Meursault
) : Tu ne souhaiterais pas faire partie
de ceux qu’on admire, qui sont proches du pouvoir, qui se marient avec les
femmes les plus belles et les plus riches ?


MEURSAULT : Dans le but
d’attirer la jalousie ! Non merci !


GEORGES : Mais tu ne
comprends pas que l’argent, même s’il ne fait pas le bonheur, y contribue
grandement !


MEURSAULT : Bien sûr que
si.


GEORGES : Et bien
voilà ! Tu peux facilement devenir sénateur ou ministre en un an à peine.


MEURSAULT : De toute
façon, ça m’est égal.


GEORGES : Quoi
donc ?


MEURSAULT : D’être
ministre ou sénateur, ça m’est égal.


GEORGES : Oui, bien sûr,
mais tu peux t’approcher du pouvoir, tu dois être opportuniste.


MEURSAULT : Opportuniste,
c’est à dire ?


GEORGES : Tu dois
profiter de la situation, changer de camp si nécessaire et, comme le chantait
Jacques Dutronc, tu dois retourner ta veste, mais toujours du bon côté.


MEURSAULT : Oui, très
bien, mais où veux-tu en venir ?


GEORGES : Que fais-tu
actuellement ?


MEURSAULT : Je…


GEORGES : Non, non.
Plutôt, combien gagnes-tu par mois ?


MEURSAULT : A peu près
deux mille cinq cents francs par mois.


GEORGES : A peu près
comme moi à mes débuts. Essaie de deviner combien je gagne actuellement.


MEURSAULT : Je ne sais
pas, dix-mille francs ?


GEORGES : Non, deux cent
cinquante mille francs par mois sans compter les intérêts que me rapportent
quelques babioles placées en bourse.


MEURSAULT : Tu vis
confortablement, donc ?


GEORGES : Oui, c’est
certain, mais toi, tu pourrais gagner autant.


MEURSAULT :
Comment ?


GEORGES : C’est très
simple. Demain je vais te faire rencontrer un ami préfet.


MEURSAULT : Oui, et que
fera-t-il, ce préfet ?


GEORGES : Il te nommera
secrétaire.


MEURSAULT : Mais je n’ai
jamais fait de secrétariat.


GEORGES : Peu importe, tu
apprendras. Moi, j’ai bien appris le journalisme.


MEURSAULT : Vous avez
décidé de ça sans me connaître.


GEORGES : Ne t’occupe pas
de ces détails. Ce préfet va partir à la retraite dans six mois et il fera des
éloges de toi au gouvernement. Ainsi, si tout se passe comme prévu, dans un an
tu seras préfet.


MEURSAULT : Donc vous me
sauvez d’une mort certaine.


GEORGES : Oui, mais tu
dois éviter tout contact avec ton voisin de palier.


MEURSAULT : Très bien.


GEORGES : N’oublie pas le
rendez-vous. Demain, cinq heures de l’après midi. A la préfecture.


Soudain une voix, presque
divine, descend du ciel
.


 MAUPASSANT : Bel Ami, reviens immédiatement, j’ai besoin de
toi !


 GEORGES : Oui, une minute, Guy !


 MAUPASSANT : Dépêche-toi !


 GEORGES (tout en s’en allant) : N’oublie pas le rendez-vous
et l’opportunisme.


 MEURSAULT (une fois Du Roy parti) : Il est bien gentil,
Camus, de se préoccuper autant de moi.


 CELESTE : Oui mais en attendant, qui va payer mon filet de
bœuf ?


 


Julien RENAUD, 2d 5,
Madrid, 2004




 JEU DE L’ INTRUS  ou  LES ÉTRANGES RENCONTRES




  Ce jeu consiste à faire entrer un personnage connu d'une œuvre
littéraire dans une autre œuvre qui peut être de genre ou d'époque différents.

  Ici les rencontres ont lieu dans le café de Céleste à Alger, où le
"héros" de L'ÉTRANGER  de CAMUS déjeune habituellement. L'invité
était un personnage de BEL-AMI de MAUPASSANT, le "héros", GEORGES
DUROY (ou DU ROY) ou le poète NORBERT DE VARENNE, sorte d'alter ego de
Maupassant.



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TEXTES
et AUTEURS:


1 Meursault et Norbert de
Varenne chez Céleste   Alejandro Fantidis, 2d 7


2 Meursault et Norbert de
Varenne chez Céleste   Celia Gallo, 2d 7


3 Meursault et Georges Duroy
chez Céleste  Julien Renaud, 2d 5


4 Meursault et Georges Du Roy
chez Céleste  Simon De Perre, 2d 5



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  texte 1



                                  
Acte I, scène 1


Meursault,
Norbert de Varenne, Céleste.


L'action se
passe dans le restaurant de Céleste.


CÉLESTE:
Est-il bon, mon riz?


MEURSAULT:
Il n'est pas mal, ni trop froid, ni trop chaud.


CÉLESTE: On
vous voit un peu noir ce soir...


MEURSAULT:
Comme votre riz.




CÉLESTE: Je vous laisse en paix.


Céleste part
à la cuisine mais le bruit de la porte le paralyse.


 NORBERT DE VARENNE: (Il entre) Bonjour.


CÉLESTE:
Bonjour. Que voulez-vous?


NORBERT DE
VARENNE: Un hamburger.


CÉLESTE: Ok.
Vous l'aurez en dix minutes.


NORBERT DE
VARENNE: Merci.


MEURSAULT:
A lui-même.)
Tiens, voilà un étranger.


NORBERT DE
VARENNE: (A Meursault) Puis-je m'asseoir à cette table?


MEURSAULT: (Avec
indifférence)
Pourquoi pas?


NORBERT DE
VARENNE: Venez-vous habituellement?


MEURSAULT:
De temps en temps. Vous êtes nouveau par ici, n'est-ce pas?


NORBERT DE
VARENNE: Oui, c'est un désir avant de mourir...


MEURSAULT:
La mort vous attend?


NORBERT DE
VARENNE: Je l'ai sur le dos.


CÉLESTE :
Laissant le hamburger sur la table.  Voilà!


 Il
part.


NORBERT DE
VARENNE: Cette viande est noire, comme votre riz.


MEURSAULT:
On s'habitue.


NORBERT DE
VARENNE: Vous ne vous plaignez pas?


MEURSAULT:
Pourquoi le faire?


NORBERT DE
VARENNE: Vous êtes très passif.


MEURSAULT:
Et moi je vous vois très noir.


NORBERT DE
VARENNE: Solitaire...


MEURSAULT:
Et noir.


Pendant
quelques minutes nos deux hommes restent silencieux. Meursault regarde le
hamburger avec indifférence, pendant que Norbert de Varenne le regarde avec
peur. 


NORBERT DE
VARENNE: Quel est votre nom?


MEURSAULT:
Meursault.


NORBERT DE
VARENNE: Norbert de Varenne, enchanté. Vous ne me connaissez pas?


MEURSAULT:
Pourquoi dois-je vous connaître?


NORBERT DE
VARENNE: Vous avez raison, je serai plus connu quand je mourrai. Le hamburger
noir me rappelle le monde où nous vivons. La plus grande peste appelée mort
nous poursuit et se présente quand on a mon âge. C'est là que la vie n'a aucun
sens.


MEURSAULT:
Toute notre vie n'a pas de sens.


NORBERT DE
VARENNE: Vous croyez?


MEURSAULT:
Quand on est petit, on ne fait que recevoir des gifles des personnes qui se
font appeler parents. Mais est-ce bien vrai qu'ils sont nos parents? Moi, je
crois que non. Aucune personne ne peut nous dire qu'on est sorti du ventre de
cette femme qui nous appelle "fils". A vrai dire, ça ne nous
intéresse pas. A quoi sert un père, à quoi sert une mère? Il y a très peu de
temps, j'ai perdu une mère. Peut-être c'est une erreur, peut-être ma mère vit.
Mais, est-ce ma mère? Je n'ai jamais su répondre à cette question.


NORBERT DE
VARENNE: Que pense l'Église de votre mère? Doit-elle aller au Paradis ou en
Enfer?


MEURSAULT:
Je m'en fiche de l'Église, je n'y crois pas.


NORBERT DE
VARENNE: Moi non plus.


MEURSAULT:
Non?


NORBERT DE
VARENNE: Non.


MEURSAULT:
Nous sommes peu à ne pas croire à l'Église.


NORBERT DE
VARENNE: Hélas, oui. Maintenant, je crois seulement à la mort qui me retirera
cette vie.


(Il finit de
dîner.)


Je vous
donne un conseil, je suis vieux. Profitez de votre vie, car quand vous serez
vieux comme moi, vous aurez la douleur et la peur de la mort sur votre dos.


(Il se lève.)


MEURSAULT:
Je pense que la mort fait partie de la vie, elle ne m'importe pas.


NORBERT DE
VARENNE: C'est une opinion respectable. J'espère que vous ne souffrirez pas
comme je souffre maintenant. Au revoir, c'est un plaisir d'avoir parlé avec
vous.


MEURSAULT:
Au revoir.


(Norbert de
Varenne sort du restaurant et Céleste, ignorant où est Norbert de Varenne, se
dirige vers Meursault).


CÉLESTE: Où
est votre voisin?


MEURSAULT:
Il est sorti il y a un moment.


CÉLESTE:
L'étranger s'en est allé sans  payer! Il a oublié de payer!


MEURSAULT:
C'est ce que fait la mort…


 


Alejandro Fantidis,
2d 7, 2003- 2004, Madrid



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texte  2


                        Scène 1


DU ROY, MEURSAULT, CÉLESTE, MARIE


Meursault est assis à une table en train de manger. Il est perturbé par
l’arrivée de Du Roy.


DU
ROY : Céleste, apporte-moi un petit vin rouge, s’il te plaît.


CÉLESTE : Tout de suite, Georges.


DU ROY : Bonjour, Monsieur.


MEURSAULT : Bonjour.


DU ROY : Je m’appelle Georges Du Roy. Et vous, comment vous
appelez-vous ?


MEURSAULT : Meursault.


DU ROY : Et, votre prénom, quel est-il ?


MEURSAULT : (silence).


CÉLESTE : Voici, Monsieur Du Roy.


DU ROY : Merci, Céleste .


 (silence)


DU ROY : Vous savez, Monsieur Meursault, je suis député et si vous
avez des problèmes, je pourrais vous aider à les résoudre, bien sûr si ceux-ci
sont dans mes capacités.


MEURSAULT : Excusez-moi, Monsieur Du Roy, mais j’attends une amie.


DU ROY : A quelle heure arrive-t-elle?


MEURSAULT : Dans une bonne demi-heure.


DU ROY : Oh ! Mais nous avons tout le temps de faire connaissance.
Parlez-moi de cette bonne amie que vous attendez avec impatience.


MEURSAULT : Que voulez-vous que je vous dise ? C’est une très
bonne amie.


DU ROY : Vous êtes son amant ?


MEURSAULT : Si vous voulez… mais elle n’est pas mariée et moi non
plus.


DU ROY : Comme vous l’aimez, alors mariez-vous avec elle !


MEURSAULT : Se marier, à quoi ca sert ? Et en plus je ne sais
pas si je l’aime. Je crois que non.


DU ROY : Elle est belle ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle est gentille et drôle ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle est douce ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle vous plaît ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Donc vous l’aimez. Ne cherchez pas les complications. Vous
l’aimez, sinon vous ne seriez pas avec elle.


MEURSAULT : Peut-être.


DU ROY : Décrivez-la-moi.


MEURSAULT : Elle est grande, les cheveux bruns, longs et un peu
frisés à la pointe. Elle a les yeux bruns, un petit nez, des petites oreilles.
Elle est mince avec des grandes jambes. Voilà, c’est tout.


DU ROY : Bien, bien, c’est très bien, tout ça. Et quand
arrive-t-elle pour que je puisse faire sa connaissance ?  Elle a
l’air si charmante !


MEURSAULT : Elle ne va pas tarder. C’est la seconde fois qu’elle va
me revoir depuis que je suis sorti de prison.


DU ROY : Qu’aviez vous fait ?


MEURSAULT : Oh ! Rien de très grave. J’ai tué un Arabe à cause
du soleil.


DU ROY : Ah ! Je vois… (en aparté) Ce ne sera pas très
dur de lui emprunter cette jolie demoiselle.


MEURSAULT : Vous dites ?


DU ROY : Non, rien… Je disais que ce n’était pas une faute très
grave, surtout si c’est à cause du soleil.


MEURSAULT : Oui, oui.


DU ROY : (pensant) Il doit être un peu fou, ce gars-là, et
très démoralisé.


MEURSAULT : Tiens, la voilà. Bonjour, Marie.


MARIE : Ah ! Mon amour, bonjour, comment vas-tu ?


DU ROY : Bonjour, Mademoiselle. Je me présente. Je suis député. Je
me nomme Georges Du Roy


(Il lui fait le baise main.)


MARIE : Enchantée de faire votre connaissance, Monsieur.


MEURSAULT : Prends une chaise et vient dîner avec nous.


DU ROY : Ici, à côté de moi, il y a une place. Asseyez-vous y.


MARIE : Merci.


MEURSAULT : Parlons de vous, Monsieur Du Roy, car ma vie n’est pas très
importante ni intéressante.


DU ROY : Je suis député, marié avec Suzanne Walter, la fille du
propriétaire du journal «La Vie Française » où je travaillais auparavant.


MARIE : Vous êtes donc très riche ?


DU ROY : Oui, assez.


MEURSAULT : J’ai entendu parler de vous en prison. Il y avait un
ministre qui était là à cause de vous,  pour une histoire d’adultère, je
crois.


DU ROY : Oui, c’est ça, mais cela était avec ma première
femme,  Madeleine Forestier. (Pensant) Je vois bien que je lui
plais à la petite Marie, elle n’arrête pas de me regarder.


MEURSAULT : Il faut que j’aille voir mon avocat. Marie, on se voit
demain ?


MARIE : Oui, au revoir.


DU ROY : Je vous raccompagne, Mademoiselle.


MARIE : Heu ! Oui, si vous voulez.


 


Simon De
Perre, 2d 5   Madrid 2004


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texte 3


   
              

                                  MEURSAULT,
CÉLESTE, UN ÉTRANGER, voix de Maupassant.


 


Meursault est en train de
déjeuner chez Céleste, un étranger entre.


MEURSAULT à Céleste :
Je te disais que Camus m’a fait rencontrer Marie dans la mer alors que j’aurais
préféré qu’on se retrouve à l’hôtel ou au bureau. Mais, bon, tu sais comment
sont les auteurs.


L’ÉTRANGER : En effet,
les auteurs sont très particuliers.


MEURSAULT : Comment vous
appelez-vous ? Et que venez-vous faire dans mon roman ?


L’ETRANGER : Et bien, je
suis le héros d’un roman de Maupassant, je suis plein d’ambition, j’adore les
femmes que, en toute modestie, je séduis assez facilement.


MEURSAULT : Je ne connais
pas Maupassant, mais en tout cas, pour porter un nom pareil, il doit être
connu.


L’ETRANGER : Je ne vois
pas le rapport ?


MEURSAULT : Il n’y en a
aucun. Qui êtes-vous ?


L’ETRANGER : Mais, enfin,
vous ne me connaissez pas ?


MEURSAULT : Non et
connaître ou pas votre nom m’est totalement égal !


L’ETRANGER : Je suis
Georges Du Roy ou si vous préférez, Bel Ami.


MEURSAULT : Asseyez-vous,
Georges.


L’ETRANGER-GEORGES :
Merci beaucoup. Je vous disais que…


CELESTE : Que veux-tu
manger, l’étranger.


GEORGES (consultant le menu) :
Je ne sais pas trop. J’hésite entre le saumon et le filet de bœuf. Ces deux
choix sont certes opposés mais je n’ai aucune idée de ce que je pourrais
prendre d’autre.


MEURSAULT : Lequel de tes
deux plats est le meilleur, Céleste ?


CELESTE : Tous mes plats
sont bons !


MEURSAULT : Moi, dans ce
cas là, je dirais que ça m’est égal et je laisserais faire le choix à Céleste.


GEORGES : C’est donc ce
que je vais faire.


CELESTE : Très bien,
C’est parti ! Je ne vous annonce pas quel plat vous aurez, ce sera une
surprise…


GEORGES : Pour reprendre
notre conversation, c’est Camus qui m’envoie.


MEURSAULT : Oui…


GEORGES : Il voudrait
vous faire part d’un grave dilemme qui se pose pour la fin du roman dont tu es
le héros. Je peux te tutoyer ?


MEURSAULT : Si tu veux,
ça m’est égal.


GEORGES : Oui, donc il
voudrait que je t’apprenne l’ambition.


MEURSAULT : Pour quoi
faire ?


GEORGES : A la fin du
roman, soit tu meurs après  avoir tué un arabe soit tu deviens riche et je
ne t’en dis pas plus.


MEURSAULT : Ce problème
est difficile !


GEORGES : Je ne te le
fais pas dire.


MEURSAULT : Je ne vois
pas la différence entre mourir riche et vieux et mourir  pauvre et jeune.


GEORGES : Pourtant il y
en a une.


MEURSAULT : Quoi ?


GEORGES : Une
différence !


MEURSAULT : Oui, dans un
cas tu meurs le plus riche du cimetière.


GEORGES (sans prendre en
compte la remarque de Meursault
) : Tu ne souhaiterais pas faire partie
de ceux qu’on admire, qui sont proches du pouvoir, qui se marient avec les
femmes les plus belles et les plus riches ?


MEURSAULT : Dans le but
d’attirer la jalousie ! Non merci !


GEORGES : Mais tu ne
comprends pas que l’argent, même s’il ne fait pas le bonheur, y contribue
grandement !


MEURSAULT : Bien sûr que
si.


GEORGES : Et bien
voilà ! Tu peux facilement devenir sénateur ou ministre en un an à peine.


MEURSAULT : De toute
façon, ça m’est égal.


GEORGES : Quoi
donc ?


MEURSAULT : D’être
ministre ou sénateur, ça m’est égal.


GEORGES : Oui, bien sûr,
mais tu peux t’approcher du pouvoir, tu dois être opportuniste.


MEURSAULT : Opportuniste,
c’est à dire ?


GEORGES : Tu dois
profiter de la situation, changer de camp si nécessaire et, comme le chantait
Jacques Dutronc, tu dois retourner ta veste, mais toujours du bon côté.


MEURSAULT : Oui, très
bien, mais où veux-tu en venir ?


GEORGES : Que fais-tu
actuellement ?


MEURSAULT : Je…


GEORGES : Non, non.
Plutôt, combien gagnes-tu par mois ?


MEURSAULT : A peu près
deux mille cinq cents francs par mois.


GEORGES : A peu près
comme moi à mes débuts. Essaie de deviner combien je gagne actuellement.


MEURSAULT : Je ne sais
pas, dix-mille francs ?


GEORGES : Non, deux cent
cinquante mille francs par mois sans compter les intérêts que me rapportent
quelques babioles placées en bourse.


MEURSAULT : Tu vis
confortablement, donc ?


GEORGES : Oui, c’est
certain, mais toi, tu pourrais gagner autant.


MEURSAULT :
Comment ?


GEORGES : C’est très
simple. Demain je vais te faire rencontrer un ami préfet.


MEURSAULT : Oui, et que
fera-t-il, ce préfet ?


GEORGES : Il te nommera
secrétaire.


MEURSAULT : Mais je n’ai
jamais fait de secrétariat.


GEORGES : Peu importe, tu
apprendras. Moi, j’ai bien appris le journalisme.


MEURSAULT : Vous avez
décidé de ça sans me connaître.


GEORGES : Ne t’occupe pas
de ces détails. Ce préfet va partir à la retraite dans six mois et il fera des
éloges de toi au gouvernement. Ainsi, si tout se passe comme prévu, dans un an
tu seras préfet.


MEURSAULT : Donc vous me
sauvez d’une mort certaine.


GEORGES : Oui, mais tu
dois éviter tout contact avec ton voisin de palier.


MEURSAULT : Très bien.


GEORGES : N’oublie pas le
rendez-vous. Demain, cinq heures de l’après midi. A la préfecture.


Soudain une voix, presque
divine, descend du ciel
.


 MAUPASSANT : Bel Ami, reviens immédiatement, j’ai besoin de
toi !


 GEORGES : Oui, une minute, Guy !


 MAUPASSANT : Dépêche-toi !


 GEORGES (tout en s’en allant) : N’oublie pas le rendez-vous
et l’opportunisme.


 MEURSAULT (une fois Du Roy parti) : Il est bien gentil,
Camus, de se préoccuper autant de moi.


 CELESTE : Oui mais en attendant, qui va payer mon filet de
bœuf ?


 


Julien RENAUD, 2d 5,
Madrid, 2004















 JEU DE L’ INTRUS  ou  LES ÉTRANGES RENCONTRES




  Ce jeu consiste à faire entrer un personnage connu d'une œuvre
littéraire dans une autre œuvre qui peut être de genre ou d'époque différents.

  Ici les rencontres ont lieu dans le café de Céleste à Alger, où le
"héros" de L'ÉTRANGER  de CAMUS déjeune habituellement. L'invité
était un personnage de BEL-AMI de MAUPASSANT, le "héros", GEORGES
DUROY (ou DU ROY) ou le poète NORBERT DE VARENNE, sorte d'alter ego de
Maupassant.



*********************************************************************************************

TEXTES
et AUTEURS:


1 Meursault et Norbert de
Varenne chez Céleste   Alejandro Fantidis, 2d 7


2 Meursault et Norbert de
Varenne chez Céleste   Celia Gallo, 2d 7


3 Meursault et Georges Duroy
chez Céleste  Julien Renaud, 2d 5


4 Meursault et Georges Du Roy
chez Céleste  Simon De Perre, 2d 5



********************************************************************************************************


  texte 1



                                  
Acte I, scène 1


Meursault,
Norbert de Varenne, Céleste.


L'action se
passe dans le restaurant de Céleste.


CÉLESTE:
Est-il bon, mon riz?


MEURSAULT:
Il n'est pas mal, ni trop froid, ni trop chaud.


CÉLESTE: On
vous voit un peu noir ce soir...


MEURSAULT:
Comme votre riz.




CÉLESTE: Je vous laisse en paix.


Céleste part
à la cuisine mais le bruit de la porte le paralyse.


 NORBERT DE VARENNE: (Il entre) Bonjour.


CÉLESTE:
Bonjour. Que voulez-vous?


NORBERT DE
VARENNE: Un hamburger.


CÉLESTE: Ok.
Vous l'aurez en dix minutes.


NORBERT DE
VARENNE: Merci.


MEURSAULT:
A lui-même.)
Tiens, voilà un étranger.


NORBERT DE
VARENNE: (A Meursault) Puis-je m'asseoir à cette table?


MEURSAULT: (Avec
indifférence)
Pourquoi pas?


NORBERT DE
VARENNE: Venez-vous habituellement?


MEURSAULT:
De temps en temps. Vous êtes nouveau par ici, n'est-ce pas?


NORBERT DE
VARENNE: Oui, c'est un désir avant de mourir...


MEURSAULT:
La mort vous attend?


NORBERT DE
VARENNE: Je l'ai sur le dos.


CÉLESTE :
Laissant le hamburger sur la table.  Voilà!


 Il
part.


NORBERT DE
VARENNE: Cette viande est noire, comme votre riz.


MEURSAULT:
On s'habitue.


NORBERT DE
VARENNE: Vous ne vous plaignez pas?


MEURSAULT:
Pourquoi le faire?


NORBERT DE
VARENNE: Vous êtes très passif.


MEURSAULT:
Et moi je vous vois très noir.


NORBERT DE
VARENNE: Solitaire...


MEURSAULT:
Et noir.


Pendant
quelques minutes nos deux hommes restent silencieux. Meursault regarde le
hamburger avec indifférence, pendant que Norbert de Varenne le regarde avec
peur. 


NORBERT DE
VARENNE: Quel est votre nom?


MEURSAULT:
Meursault.


NORBERT DE
VARENNE: Norbert de Varenne, enchanté. Vous ne me connaissez pas?


MEURSAULT:
Pourquoi dois-je vous connaître?


NORBERT DE
VARENNE: Vous avez raison, je serai plus connu quand je mourrai. Le hamburger
noir me rappelle le monde où nous vivons. La plus grande peste appelée mort
nous poursuit et se présente quand on a mon âge. C'est là que la vie n'a aucun
sens.


MEURSAULT:
Toute notre vie n'a pas de sens.


NORBERT DE
VARENNE: Vous croyez?


MEURSAULT:
Quand on est petit, on ne fait que recevoir des gifles des personnes qui se
font appeler parents. Mais est-ce bien vrai qu'ils sont nos parents? Moi, je
crois que non. Aucune personne ne peut nous dire qu'on est sorti du ventre de
cette femme qui nous appelle "fils". A vrai dire, ça ne nous
intéresse pas. A quoi sert un père, à quoi sert une mère? Il y a très peu de
temps, j'ai perdu une mère. Peut-être c'est une erreur, peut-être ma mère vit.
Mais, est-ce ma mère? Je n'ai jamais su répondre à cette question.


NORBERT DE
VARENNE: Que pense l'Église de votre mère? Doit-elle aller au Paradis ou en
Enfer?


MEURSAULT:
Je m'en fiche de l'Église, je n'y crois pas.


NORBERT DE
VARENNE: Moi non plus.


MEURSAULT:
Non?


NORBERT DE
VARENNE: Non.


MEURSAULT:
Nous sommes peu à ne pas croire à l'Église.


NORBERT DE
VARENNE: Hélas, oui. Maintenant, je crois seulement à la mort qui me retirera
cette vie.


(Il finit de
dîner.)


Je vous
donne un conseil, je suis vieux. Profitez de votre vie, car quand vous serez
vieux comme moi, vous aurez la douleur et la peur de la mort sur votre dos.


(Il se lève.)


MEURSAULT:
Je pense que la mort fait partie de la vie, elle ne m'importe pas.


NORBERT DE
VARENNE: C'est une opinion respectable. J'espère que vous ne souffrirez pas
comme je souffre maintenant. Au revoir, c'est un plaisir d'avoir parlé avec
vous.


MEURSAULT:
Au revoir.


(Norbert de
Varenne sort du restaurant et Céleste, ignorant où est Norbert de Varenne, se
dirige vers Meursault).


CÉLESTE: Où
est votre voisin?


MEURSAULT:
Il est sorti il y a un moment.


CÉLESTE:
L'étranger s'en est allé sans  payer! Il a oublié de payer!


MEURSAULT:
C'est ce que fait la mort…


 


Alejandro Fantidis,
2d 7, 2003- 2004, Madrid



********************************************************************************************


texte  2


                        Scène 1


DU ROY, MEURSAULT, CÉLESTE, MARIE


Meursault est assis à une table en train de manger. Il est perturbé par
l’arrivée de Du Roy.


DU
ROY : Céleste, apporte-moi un petit vin rouge, s’il te plaît.


CÉLESTE : Tout de suite, Georges.


DU ROY : Bonjour, Monsieur.


MEURSAULT : Bonjour.


DU ROY : Je m’appelle Georges Du Roy. Et vous, comment vous
appelez-vous ?


MEURSAULT : Meursault.


DU ROY : Et, votre prénom, quel est-il ?


MEURSAULT : (silence).


CÉLESTE : Voici, Monsieur Du Roy.


DU ROY : Merci, Céleste .


 (silence)


DU ROY : Vous savez, Monsieur Meursault, je suis député et si vous
avez des problèmes, je pourrais vous aider à les résoudre, bien sûr si ceux-ci
sont dans mes capacités.


MEURSAULT : Excusez-moi, Monsieur Du Roy, mais j’attends une amie.


DU ROY : A quelle heure arrive-t-elle?


MEURSAULT : Dans une bonne demi-heure.


DU ROY : Oh ! Mais nous avons tout le temps de faire connaissance.
Parlez-moi de cette bonne amie que vous attendez avec impatience.


MEURSAULT : Que voulez-vous que je vous dise ? C’est une très
bonne amie.


DU ROY : Vous êtes son amant ?


MEURSAULT : Si vous voulez… mais elle n’est pas mariée et moi non
plus.


DU ROY : Comme vous l’aimez, alors mariez-vous avec elle !


MEURSAULT : Se marier, à quoi ca sert ? Et en plus je ne sais
pas si je l’aime. Je crois que non.


DU ROY : Elle est belle ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle est gentille et drôle ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle est douce ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Elle vous plaît ?


MEURSAULT : Oui.


DU ROY : Donc vous l’aimez. Ne cherchez pas les complications. Vous
l’aimez, sinon vous ne seriez pas avec elle.


MEURSAULT : Peut-être.


DU ROY : Décrivez-la-moi.


MEURSAULT : Elle est grande, les cheveux bruns, longs et un peu
frisés à la pointe. Elle a les yeux bruns, un petit nez, des petites oreilles.
Elle est mince avec des grandes jambes. Voilà, c’est tout.


DU ROY : Bien, bien, c’est très bien, tout ça. Et quand
arrive-t-elle pour que je puisse faire sa connaissance ?  Elle a
l’air si charmante !


MEURSAULT : Elle ne va pas tarder. C’est la seconde fois qu’elle va
me revoir depuis que je suis sorti de prison.


DU ROY : Qu’aviez vous fait ?


MEURSAULT : Oh ! Rien de très grave. J’ai tué un Arabe à cause
du soleil.


DU ROY : Ah ! Je vois… (en aparté) Ce ne sera pas très
dur de lui emprunter cette jolie demoiselle.


MEURSAULT : Vous dites ?


DU ROY : Non, rien… Je disais que ce n’était pas une faute très
grave, surtout si c’est à cause du soleil.


MEURSAULT : Oui, oui.


DU ROY : (pensant) Il doit être un peu fou, ce gars-là, et
très démoralisé.


MEURSAULT : Tiens, la voilà. Bonjour, Marie.


MARIE : Ah ! Mon amour, bonjour, comment vas-tu ?


DU ROY : Bonjour, Mademoiselle. Je me présente. Je suis député. Je
me nomme Georges Du Roy


(Il lui fait le baise main.)


MARIE : Enchantée de faire votre connaissance, Monsieur.


MEURSAULT : Prends une chaise et vient dîner avec nous.


DU ROY : Ici, à côté de moi, il y a une place. Asseyez-vous y.


MARIE : Merci.


MEURSAULT : Parlons de vous, Monsieur Du Roy, car ma vie n’est pas très
importante ni intéressante.


DU ROY : Je suis député, marié avec Suzanne Walter, la fille du
propriétaire du journal «La Vie Française » où je travaillais auparavant.


MARIE : Vous êtes donc très riche ?


DU ROY : Oui, assez.


MEURSAULT : J’ai entendu parler de vous en prison. Il y avait un
ministre qui était là à cause de vous,  pour une histoire d’adultère, je
crois.


DU ROY : Oui, c’est ça, mais cela était avec ma première
femme,  Madeleine Forestier. (Pensant) Je vois bien que je lui
plais à la petite Marie, elle n’arrête pas de me regarder.


MEURSAULT : Il faut que j’aille voir mon avocat. Marie, on se voit
demain ?


MARIE : Oui, au revoir.


DU ROY : Je vous raccompagne, Mademoiselle.


MARIE : Heu ! Oui, si vous voulez.


 


Simon De
Perre, 2d 5   Madrid 2004


************************************************************************************************************************************++



texte 3


   
              

                                  MEURSAULT,
CÉLESTE, UN ÉTRANGER, voix de Maupassant.


 


Meursault est en train de
déjeuner chez Céleste, un étranger entre.


MEURSAULT à Céleste :
Je te disais que Camus m’a fait rencontrer Marie dans la mer alors que j’aurais
préféré qu’on se retrouve à l’hôtel ou au bureau. Mais, bon, tu sais comment
sont les auteurs.


L’ÉTRANGER : En effet,
les auteurs sont très particuliers.


MEURSAULT : Comment vous
appelez-vous ? Et que venez-vous faire dans mon roman ?


L’ETRANGER : Et bien, je
suis le héros d’un roman de Maupassant, je suis plein d’ambition, j’adore les
femmes que, en toute modestie, je séduis assez facilement.


MEURSAULT : Je ne connais
pas Maupassant, mais en tout cas, pour porter un nom pareil, il doit être
connu.


L’ETRANGER : Je ne vois
pas le rapport ?


MEURSAULT : Il n’y en a
aucun. Qui êtes-vous ?


L’ETRANGER : Mais, enfin,
vous ne me connaissez pas ?


MEURSAULT : Non et
connaître ou pas votre nom m’est totalement égal !


L’ETRANGER : Je suis
Georges Du Roy ou si vous préférez, Bel Ami.


MEURSAULT : Asseyez-vous,
Georges.


L’ETRANGER-GEORGES :
Merci beaucoup. Je vous disais que…


CELESTE : Que veux-tu
manger, l’étranger.


GEORGES (consultant le menu) :
Je ne sais pas trop. J’hésite entre le saumon et le filet de bœuf. Ces deux
choix sont certes opposés mais je n’ai aucune idée de ce que je pourrais
prendre d’autre.


MEURSAULT : Lequel de tes
deux plats est le meilleur, Céleste ?


CELESTE : Tous mes plats
sont bons !


MEURSAULT : Moi, dans ce
cas là, je dirais que ça m’est égal et je laisserais faire le choix à Céleste.


GEORGES : C’est donc ce
que je vais faire.


CELESTE : Très bien,
C’est parti ! Je ne vous annonce pas quel plat vous aurez, ce sera une
surprise…


GEORGES : Pour reprendre
notre conversation, c’est Camus qui m’envoie.


MEURSAULT : Oui…


GEORGES : Il voudrait
vous faire part d’un grave dilemme qui se pose pour la fin du roman dont tu es
le héros. Je peux te tutoyer ?


MEURSAULT : Si tu veux,
ça m’est égal.


GEORGES : Oui, donc il
voudrait que je t’apprenne l’ambition.


MEURSAULT : Pour quoi
faire ?


GEORGES : A la fin du
roman, soit tu meurs après  avoir tué un arabe soit tu deviens riche et je
ne t’en dis pas plus.


MEURSAULT : Ce problème
est difficile !


GEORGES : Je ne te le
fais pas dire.


MEURSAULT : Je ne vois
pas la différence entre mourir riche et vieux et mourir  pauvre et jeune.


GEORGES : Pourtant il y
en a une.


MEURSAULT : Quoi ?


GEORGES : Une
différence !


MEURSAULT : Oui, dans un
cas tu meurs le plus riche du cimetière.


GEORGES (sans prendre en
compte la remarque de Meursault
) : Tu ne souhaiterais pas faire partie
de ceux qu’on admire, qui sont proches du pouvoir, qui se marient avec les
femmes les plus belles et les plus riches ?


MEURSAULT : Dans le but
d’attirer la jalousie ! Non merci !


GEORGES : Mais tu ne
comprends pas que l’argent, même s’il ne fait pas le bonheur, y contribue
grandement !


MEURSAULT : Bien sûr que
si.


GEORGES : Et bien
voilà ! Tu peux facilement devenir sénateur ou ministre en un an à peine.


MEURSAULT : De toute
façon, ça m’est égal.


GEORGES : Quoi
donc ?


MEURSAULT : D’être
ministre ou sénateur, ça m’est égal.


GEORGES : Oui, bien sûr,
mais tu peux t’approcher du pouvoir, tu dois être opportuniste.


MEURSAULT : Opportuniste,
c’est à dire ?


GEORGES : Tu dois
profiter de la situation, changer de camp si nécessaire et, comme le chantait
Jacques Dutronc, tu dois retourner ta veste, mais toujours du bon côté.


MEURSAULT : Oui, très
bien, mais où veux-tu en venir ?


GEORGES : Que fais-tu
actuellement ?


MEURSAULT : Je…


GEORGES : Non, non.
Plutôt, combien gagnes-tu par mois ?


MEURSAULT : A peu près
deux mille cinq cents francs par mois.


GEORGES : A peu près
comme moi à mes débuts. Essaie de deviner combien je gagne actuellement.


MEURSAULT : Je ne sais
pas, dix-mille francs ?


GEORGES : Non, deux cent
cinquante mille francs par mois sans compter les intérêts que me rapportent
quelques babioles placées en bourse.


MEURSAULT : Tu vis
confortablement, donc ?


GEORGES : Oui, c’est
certain, mais toi, tu pourrais gagner autant.


MEURSAULT :
Comment ?


GEORGES : C’est très
simple. Demain je vais te faire rencontrer un ami préfet.


MEURSAULT : Oui, et que
fera-t-il, ce préfet ?


GEORGES : Il te nommera
secrétaire.


MEURSAULT : Mais je n’ai
jamais fait de secrétariat.


GEORGES : Peu importe, tu
apprendras. Moi, j’ai bien appris le journalisme.


MEURSAULT : Vous avez
décidé de ça sans me connaître.


GEORGES : Ne t’occupe pas
de ces détails. Ce préfet va partir à la retraite dans six mois et il fera des
éloges de toi au gouvernement. Ainsi, si tout se passe comme prévu, dans un an
tu seras préfet.


MEURSAULT : Donc vous me
sauvez d’une mort certaine.


GEORGES : Oui, mais tu
dois éviter tout contact avec ton voisin de palier.


MEURSAULT : Très bien.


GEORGES : N’oublie pas le
rendez-vous. Demain, cinq heures de l’après midi. A la préfecture.


Soudain une voix, presque
divine, descend du ciel
.


 MAUPASSANT : Bel Ami, reviens immédiatement, j’ai besoin de
toi !


 GEORGES : Oui, une minute, Guy !


 MAUPASSANT : Dépêche-toi !


 GEORGES (tout en s’en allant) : N’oublie pas le rendez-vous
et l’opportunisme.


 MEURSAULT (une fois Du Roy parti) : Il est bien gentil,
Camus, de se préoccuper autant de moi.


 CELESTE : Oui mais en attendant, qui va payer mon filet de
bœuf ?


 


Julien RENAUD, 2d 5,
Madrid, 2004