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discours de Jeanlin Maheu, 10 ans après la grève de GERMINAL


DISCOURS DE JEANLIN MAHEU  DANS LA FORÊT DE VANDAMME  (1876)


auteurs :
Josep Quer 2d 4
Carmen Pérez 2d 4

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     Dix années ont passé depuis la grève de 1866. Cependant, les conditions de vie des mineurs du bassin houiller du Nord sont les mêmes que celles de leurs parents, ou encore pires. Jeanlin Maheu, suivant l’exemple de son père, qui avait suivi lui-même celui de son père et ainsi de suite, a enfin mûri. Il n'est plus un jeune garçon qui déambule dans les rues  en quête de mauvaises actions à effectuer. Il a maintenant vingt et un ans. Par hasard, c'est l'âge qu'avait Étienne quand la grève a commencé. Complètement guéri, ou presque, de l'accident qu'il a vécu sous terre, le jeune homme, assoiffé de vengeance, a réuni tous les mineurs dans la forêt de Vandamme:

- Nous sommes dans cette vaste clairière, la même où se réunissaient nos parents, avec le but de mettre fin à notre misérable mode de vie.

On ne peut pas tolérer que ces bourgeois nous payent si peu alors que nous travaillons autant d'heures! Pendant que nous, de même que nos femmes et nos enfants, parfois on n’a rien à manger, eux, ils célèbrent de coûteuses fêtes et mangent autant qu'ils en ont envie! On n'a droit qu'à prendre quelques bières de temps en temps à l'Avantage et ces misérables peuvent se permettre des tas de plaisirs. Le méritent-ils? Et nous? Est-ce qu'on mérite ça?

Je ne resterai pas les bras croisés! Le problème c'est que tout seul je ne peux rien faire contre eux, ni  avec dix d’entre  vous. On doit tous s'unir pour leur faire face! Il vaut mieux mourir debout que vivre à genoux! Vous êtes avec moi, n'est-ce pas? Alors une grève doit avoir lieu.

- Une grève? Veux-tu qu'on finisse comme nos parents? s'exclama un des mineurs.

- Pas une grève comme celle de 1866, mais une grève organisée. Il y a dix ans, c'était la première fois, mais ce n'est plus le cas. On doit apprendre des erreurs et les corriger. Je m'y inclus. On ne doit pas oublier qu’on n’est pas tout seuls. Je m’excuse de mon égoïsme dans le passé et je veux, en échange, être le leader de cette grève qui va donner une meilleure vie à nos enfants.

Tout d'abord, je vais mettre en place une caisse de prévoyance. La grève ne commencera que lorsqu'il y aura cent mille francs. Je sais que c'est beaucoup d'argent, mais avec le temps et, si chacun donne un sou par jour dès demain, j'ai calculé qu'on les aura en à peu près un an.

Ensuite, on doit faire un pacte. Il faut que la grève soit victorieuse et que chacun mette un sou chaque jour dans la caisse.

De plus, on doit faire attention à la Compagnie. Elle ne doit pas connaître l'existence de cette caisse. Si la grève les prend par surprise elle aura plus d’impact.

Donc, levez la main ceux qui sont pour la grève!

Tous les mineurs la levèrent avec décision.

- C'est fait! Alors on se réunira ici chaque dimanche à dix heures du soir. À bas les bourgeois!

- À bas les bourgeois! crièrent-ils tous.

     La forêt de Vandamme retrouva alors son silence et la vaste clairière redevenue déserte, comme elle l’avait été pendant les dix dernières années.

 

Josep Quer, 2nde4

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     Vers neuf heures, dans la forêt de Vandamme, on n’apercevait aucune âme, lorsque, au fur et à mesure, les habitants du coron se rendaient à la réunion envisagée dans la forêt depuis deux jours. Dans cette foule on reconnaissait la Maheude avec Estelle, qui avait onze ans, l’âge minimum pour descendre à la fosse. Jeanlin arrivait avec elles. La forêt avec tous ces mineurs sentait la misère. Depuis des années, ils attendaient une solution à cette vie de pauvreté.

      Au bout de quelques minutes, des hommes, des femmes, des enfants, emplissaient la forêt.

      Jeanlin, situé sur une pente, avec Bouteloup et un autre mineur, attendait que la foule se calme un peu. Enfin Jeanlin s’adressa à eux.

      « Camarades ! Nous sommes ici pour une raison. Nous ne voulons pas continuer à demeurer dans cette misère qui nous empêche de vivre comme des être humains. »

      Les mineurs étaient d’accord.

      « Il y a une dizaine d’années, on a appelé à une grève pour ces mêmes raisons, et qui a duré presque deux mois…Finalement, les plus touchés ont été les mineurs, nous ! On voulait réclamer nos droits, et on a fini par mourir de faim, et puis sans aucune solution de part de la Compagnie, on a cédé et on est retournés aux fosses. »

        Des cris de haine remplissaient la forêt qui, auparavant, était calme et tranquille.

        « On a commis des erreurs dans la grève précédente. On a fait tout ce qu’il fallait, avec une caisse de prévoyance pour survivre pendant la grève, mais on n' a pas attendu suffisamment, et la caisse s’est vidée rapidement… On voulait la justice et on a fini par agir de façon violente !

      On ne va pas chercher des coupables à ces erreurs, on y était tous compris, dans cette grève qui a eu de très mauvaises conséquences pour beaucoup d’entre nous. Elle nous a fait agir de manière à rendre les choses plus difficiles encore, à vivre de manière indépendante sans penser aux autres gens qui survivaient à la même situation. »

       Ce fut le silence dans la forêt. Cette foule, qu’on n’apercevait pas dans l’obscure nuit, écoutait avec un silence complet le jeune Jeanlin.

     «Dans la grève antécédente, on a protesté contre les mesures prises par la Compagnie de réduire le prix de la berline, on a détruit tout ce que l’on pouvait, avec des conséquences terribles comme la mort de certains camarades de la mine, et après tout ça on n'a rien changé. »

        La foule de mineurs demandait avec des cris des solutions immédiates.

        « J’appelle à une nouvelle grève qui n’aura pas pour conséquences les mêmes erreurs que la précédente. On va exiger cinq  centimes de plus par berline, avec l’arrêt de travail, mais pas comme la dernière fois, où, quand la plupart des mineurs n’avaient pas d’argent pour nourrir leur famille, quelques-uns descendaient aux fosses, rendant cette grève incomplète. On va faire un arrêt de travail partiel ! Et si quelqu’un n’est pas d’accord, qu’il propose une autre solution ! »

       La foule demandait maintenant une solution pour survivre à la grève.

      « Camarades, on va fournir une caisse de prévoyance, mais cette fois-ci suffisante pour pouvoir manger et ne pas crever de faim ! »

      Tous les mineurs étaient d’accord. Avant que la foule se dispersât, Jeanlin ajouta une dernière chose.

      « Cette fois-ci, camarades, on va gagner à force de lutter tous ensemble ! Justice ! »

 

Carmen Pérez , 2d 4
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