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LETTRE de LA MAHEUDE à ÉTIENNE LANTIER

AUTOUR DE GERMINAL http://emilezola.free.fr/emilez22.jpg

LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER, DIX ANS APRÈS LES ÉVÉNEMENTS DE GERMINAL

 

auteurs:

Pablo Nieto
2  Inés Bdiri
Hugo Roquero
4  Randa Medina
5  Diana Sánchez
Adrien Butaud
7  Marina Cuesta
8  Clara Rivero


LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER

 

  Lundi 6 février 1876

     Cher Étienne,

 

     Voici dix ans que tu es parti, dix ans que tu nous as quittés, dix ans que tu as abandonné la tête de cette révolte contre cette Compagnie qui nous exploite depuis des générations. Dans ma tête, parmi des souvenirs de morts, de souffrance, je vois un jeune homme portant un petit paquet noué dans un mouchoir à carreaux, arrivant une nuit obscure par la grande route de Marchiennes à Montsou. Nous ignorions que ce jeune homme, qui venait de loin, n’avait presque rien et qui était prêt à tout pour survivre, allait changer la vie dans le Coron. Étienne, ce jeune homme, c’était toi.

     À ton arrivée au Coron on voyait en toi un jeune homme comme beaucoup d’autres qui venait nous enlever un travail qui ne nous alimentait guère. Mais tu n’étais pas comme les autres, tu étais venu ici pour changer les choses. Je me rappelle le jour où, prévoyant l’arrivée d’une grève, tu nous répétais tout le temps  qu’il fallait mettre en place une caisse de prévoyance pour ainsi éviter la famine. Pendant ces premiers mois au coron, j’avais l’impression que tu étais une personne froide, sans sentiments, qui ne parlait presque avec personne, une personne différente des autres.

     Suite au mariage de Zacharie avec Philomène, tu t’installas chez nous, puisque sans Zacharie on avait un salaire en moins et il nous fallait donc une autre personne pour prendre sa place. Depuis le premier jour, je me rendis compte que tu regardais beaucoup Catherine. L’aimais-tu peut-être ? Je ne sais pas, mais je suis sûre que tu aurais été un bon mari pour elle, au contraire du monstre de Chaval qui l’emmena à Jean Bart.

      Pendant ton court séjour tu fis beaucoup de choses pour ma famille mais dans le Coron on  te connaissait à peine. On  eut peur, on pensait que tes idées allaient apporter au Coron encore plus de misère. Mais le jour où tu as pris la tête de la délégation pour parler à M. Hennebeau au sujet du boisage, tout le monde s’est rapproché de toi, tu étais comme un frère pour nous. Nous rêvions de toi quand tu parlais, tu nous défendais tellement bien devant le directeur, tu avais un don pour la parole.

      Á partir de ce moment, tu nous as contrôlés, tu nous dirigeais, tu étais notre seul espoir. C’est toi, Étienne, qui, pendant la grève, nous as réunis dans la forêt pour décider de notre avenir comme on le faisait jadis, c’est toi qui nous as organisés pour saboter les mines où on nous trahissait en travaillant. Tous les mineurs te suivaient, on était très nombreux. Certes tu nous incitais à saboter les mines où l’on travaillait, mais tu nous limitais, pour éviter les morts et les tragédies. Comme à la mine de Jean Bart où tu nous as  défendu de casser les échelles pour ainsi permettre aux mineurs de remonter.

      Même si tu es resté peu de temps à Montsou, tu as fait beaucoup de choses pour nous. Tu nous as montré une chose très importante, tu nous as montré une autre manière de voir la vie, tu nous as appris à penser différemment, tu nous as montré qu’un autre avenir  est possible pour nos enfants, loin de cette maudite mine qui nous empoisonne génération après génération.

      Maintenant, au Coron, nous avons une autre mentalité,.Nous avons obtenu, après diverses grèves, une légère augmentation qui nous permet au moins de manger tous les jours quelque chose. Depuis quelques années, je pense sérieusement à quitter le Coron.J e vois que la mine donne de moins en moins et ne pourra bientôt plus faire travailler personne.

 J’espère, Étienne, que je te reverrai un jour avant de rejoindre mon mari.

   À bientôt,

                                    La Maheude

 

P.S. : Comme  tu peux observer, j’ai appris à lire, excuse-moi si tu trouves des fautes.



 

Pablo Nieto, 2d 6 2005-2006, Madrid

 


 

LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER DIX ANS APRÈS LA FIN DE LA GRÈVE DES MINEURS DE MONTSOU

 

                                                                                     

            Montsou, le 14 mai 1876

 

Cher Etienne,

 

J’espère que tu te souviens de moi. Depuis ton départ, dix ans ont passé. Ici, à Montsou, beaucoup de choses ont changé, mais mes souvenirs sont toujours présents. Toi, d’une façon ou d’une autre, tu nous as aidés.

Je t’ai méprisé, j’ai même souhaité que tu sois puni et même, après ton départ, une grande fureur, à cause de tout ce qui s’était passé et dont je te considérais le seul coupable, m’empêchait de prendre une plume et de t’écrire, comme je le fais maintenant (aussi le fait de ne pas savoir écrire).

Je ne sais pas comment tu t’es senti et de quelle manière tu as vécu tout cela. Mais je peux te raconteur la mienne et peut-être qu’un jour ou l’autre elle t’aidera à me comprendre.

 

Il y a onze ans, j’avais une famille et nous ne vivions pas dans les meilleures conditions mais on subsistait. Un jour tu arrivas au coron demandant un poste de travail dans la mine. Mon Mari t’appréciait et moi aussi. Mais après la baisse des salaires, tes idées sur la grève me parurent peu raisonnables. Pourquoi faire une grève? À quoi nous emmènerait-elle? Les riches seraient toujours des riches et les pauvres, des pauvres. Le fait de nous révolter était nouveau pour nous, c’est pour cette raison que beaucoup de gens acceptèrent tout de suite, pensant que rien de pire ne pouvait arriver. Moi je ne voulais pas accepter, c’était une folie! Mais chaque jour je voyais mes enfants mourir de faim et de froid et il n’y avait aucune autre solution.

La grève, qui au début marchait bien avec l’argent recueilli, nous fit tomber dans la même pauvreté qu’avant, ou encore pire. Cependant je n’allais plus me repentir. Maintenant que j’étais en faveur de la grève je n’allais pas me demander ce qui aurait pu se passer si celle-ci n’avait pas eu lieu. Je voulais plus que personne la fin des injustices et un foyer pour mes enfants et mon mari.

Le temps passait et survivre était chaque jour plus difficile. Alzire ne tint pas le coup…Maheu fut assassiné par les gendarmes… J’étais perdue. Je me sentais seule au milieu de tout ce désastre mais je préférais mourir avant de cesser cette révolte. Mon mari et ma fille étaient morts et me mettre à travailler de nouveau c’était les trahir.

Un jour, tu partis travailler avec Catherine. Je sentis une haine immense envers toi. Toi, qui nous avais entraînés dans cette grève, tu l’abandonnais ? Je ne pouvais pas le croire. Maintenant je te comprends parfaitement, mais mon orgueil m’avait empêché de le faire avant.

 

Mon cher ami, ne regrette pas ce que tu as fait. Peut-être penses-tu que si la grève n’avait pas eu lieu beaucoup de vies auraient été sauvées mais tout sert à quelque chose. Et c’est moi qui te le dis. Moi qui ai perdu presque toute ma famille dans cette grève. Tu nous as montré tout ce que les riches avaient voulu empêcher qu’on apprenne : à nous valoir par nous-mêmes et à lutter pour nos droits. Sans toi, tous les changements qui se sont produits depuis ton départ n’auraient pas eu lieu et on vivrait dans la même misère qu’avant.

Un an après ton départ, Deneulin, qui avait tout perdu, devint un des nôtres, un ouvrier. Il nous incita à faire une autre grève. Au début on ne voulait pas à cause de tout ce qui s’était passé mais on avait appris tellement de choses et on s’était unis de telle façon qu’on tenta une dernière chance. Si on échouait, on perdrait tout ce qu’on avait. Mais on ne craignait plus rien. On était sûrs de nous-mêmes et on ferait tout pour l’égalité entre les hommes. Il nous fallut deux ans de caisse de prévoyance et après, la guerre éclata. Tu aurais été surpris de voir son ampleur. Elle dura plus de deux ans mais tout ce temps nous servit à gagner. Jamais nous n’avions été si heureux ! Le prix par berline augmenta fortement ce qui nous permit d’avoir de la nourriture avec laquelle alimenter nos enfants et vivre dans de meilleures conditions. C’est grâce à toi. Tu as été notre maître et on sera tous éternellement reconnaissants envers toi.

J’espère et je suppose qu’à Paris ça marche bien, tu le mérites.

Sinon tu sais que chez nous tu auras toujours une place.

A très bientôt, Etienne.

 

                                                                                                        Maheude

 

Inés  Bdiri  Martínez, 2d6, 2005-2006, Madrid

 



LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER

 

                                                                                                           Lundi 12 Mars 1877

 

 

      Mon cher Étienne,

 

            Voici dix ans de passés depuis ton départ du coron après la fin de la grève, mais mes souvenirs sur cette période dans laquelle tu as vécu avec nous sont encore très nets. Si je n’ai pas écrit avant, ce n’est point parce que je garde de la rancune envers toi, mais plutôt parce que j’ai été très occupée à cause du travail à la mine et de la prise en charge de la famille. Comme tu peux sans doute voir, j’ai aussi appris à écrire, suite à la fin de mon activité au fond de la mine.

           Je t’écris pour remémorer  les temps passés, et pour te faire part de ma vision des faits qui se sont déroulés pendant cette dure période de grève et de misère.

           Je me souviens encore de la première  fois que j’ai entendu parler de toi, lorsque mon feu mari m’a raconté qu’il t’avait embauché comme herscheur à la mine. Il te décrivait comme un bon travailleur, qui apprend vite le métier.

           C’est en été, lors du dimanche de ducasse, que je t’ai rencontré pour la première  fois. Ma première impression sur toi a été bonne : tu étais propre, bien vêtu, et ne buvais pas. C’est pourquoi j’ai accepté de bon gré ton installation chez nous, au coron des Deux-Cent Quarante, sur le lit que Zacharie avait laissé libre après son mariage avec Philomène. Tu étais un très bon logeur, sage et qui passait son temps libre à lire au lieu d’aller boire dans les cabarets.

           C’est à cette époque que tu nous as conquis avec tes idées de justice et de cette cité utopique où l’ouvrier remplacerait les bourgeois. Au début, je n’acceptais pas tes idées que je croyais irréalisables, et je pensais que la sagesse était la meilleure arme du mineur, afin d’éviter des problèmes. Puis tu as fini par me convaincre, et ta popularité a augmenté de plus en plus dans le coron, jusqu’à ce que tu deviennes un véritable leader.

           Quand l’hiver est arrivé, tu nous as encouragés à la grève, après la mise en place du nouveau système de paiement de la Compagnie, qui était un véritable pillage. Le 15 décembre 1866, le jour du début de la grève, nous étions tous enthousiasmés en pensant que nous pourrions battre la Compagnie. Mais les jours sont passés, puis les semaines, puis les mois, et ni la caisse de prévoyance que tu avais créée, ni l’adhésion de tous les mineurs de Montsou à l’Internationale, ne pouvaient nous sauver de la misère dans laquelle nous nous trouvions.

            Nous étions de plus en plus pauvres, et, à notre faim insupportable, s’ajoutait le manque de houille pour la chaudière. Puis nous nous sommes tous réunis au Plan-des-Dames, dans la forêt de Vandamme, pour décider le chemin à suivre.

            Au lendemain de cette réunion, nous sommes allés à la mine de Jean-Bart pour forcer les mineurs à la grève, et c’est alors que nous avons connu la trahison de Chaval. Nous avons alors tout détruit, affolés par la faim, et désireux de nous venger de la mine et des traîtres. Puis, après avoir pillé Jean-Bart, nous sommes allés de mine en mine en détruisant tout ce qui se trouvait sur notre chemin. Finalement, après avoir assiégé la maison des Hennebeau et la boutique de Maigrat, nous sommes revenus dans le coron, satisfaits de notre œuvre dévastatrice.

           Après cette journée que je n’oublierai jamais, tu t’es caché quelque part près du coron, pour éviter d’être capturé par les soldats qui entouraient toutes les fosses de la Compagnie.

           Puis la grève a continué au milieu du froid et du manque de nourriture, lorsque la tragédie s’est produite. Ayant appris que la Compagnie avait embauché des Borains pour remplacer nos mineurs en grève, nous sommes tous allés faire face aux soldats qui entouraient le Voreux. C’est ainsi que, au milieu des insultes et des briques lancées, les soldats ont tiré sur nous, tuant mon pauvre mari.

            Nous étions tous alors abattus et pensions que tu étais responsable de tous ces malheurs de la grève où tu nous avais poussés. La Compagnie avait offert de rendre leurs postes de travail à tous les mineurs de Montsou, et, à ma grande surprise, tu étais redescendu au Voreux avec Catherine. C’est alors qu’un autre malheur est survenu, quand le Voreux a été envahi  par l’eau el le sable, et a été englouti par la terre.   

          Catherine et toi étiez sous terre, et c’est lors des opérations de sauvetage que Zacharie est mort, à cause d’une explosion. Quand je t’ai vu sortir vivant du trou, j’ai pensé à un miracle, mais en voyant le corps mort de Catherine, une grande partie de mon allégresse est partie.

          Après ce dur incident, tous les mineurs sont retournés aux fosses, et la grève s’est terminée. J’ai été forcée de redescendre moi aussi, pour pouvoir nourrir ma famille après la mort de mon mari. Le coron était encore plus pauvre et misérable qu’avant la grève, mais nous sentions tous que nous avions fait quelque chose d’important qui pourrait aider les générations futures. Et, en ce qui me concerne, je pense toujours que cette cité promise de bonheur et de justice existe, et que le jour viendra où l’ouvrier aura une place importante dans la société.

 

    À bientôt,

                                                                     La Maheude

 

                                                                                     Hugo Roquero, 2d 6, 2005-2006, Madrid



                                                

               LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER



                                                                                                               Mardi 15 Avril 1877,

 

                                     Cher Etienne,                                                                                                         

   Voilà maintenant dix ans qu’on s’est quittés, tout a tant changé. Henri et Lénore travaillent dans la mine depuis cinq ans, chacun gagne vingt sous. En les ajoutant à mes quarante sous, on a de quoi manger  pendant tout le mois.

    Le vieux Maheu est mort il y a déjà trois ans à cause de sa bronchite. Jeanlin est allé à Paris en me  promettant qu’il reviendrait avec de l’argent. Estelle  va à l’école et joue tout le temps avec le fils de la Levaque, je la vois à peine…

    Et me voilà t’écrivant une lettre avec le peu de mots que ma  petite Estelle m’a appris pendant six années qui sont passées si vite.

    Je me rappelle en ce moment, du jour où tu es venu chercher n’importe quoi pour pouvoir avoir un bout de pain dans la bouche. Cette maudite grève qui me fait tant de mal aujourd’hui.

Bien que tout change chez nous, ces vieux souvenirs me gênent toujours. Une grève dans laquelle j’ai tout perdu pour ne rien gagner. Bien sûr, je ne te reproche rien, après tout c’est la faute de tous.

    Mais je me sens si vide en pensant qu’Alzire aurait en ce moment dix neuf ans si cette maudite grève n’avait pas eu lieu !

    Le jour où tu t’en allais du coron, j’avais tant de honte de redescendre dans la mine, en pensant à toutes les sauvageries que je vous disais, à toi et à Catherine, si l’un de vous osait redescendre !

    Qu’est ce que  ça pouvait faire aux bourgeois de nous donner dix sous de plus ?

    Certes, on l’a eue, notre fichue augmentation de salaire, mais on a tout perdu en revanche, à quoi bon maintenant ? Chaque jour le temps passe si vite ; germination après germination, mort après mort ; naissance après naissance, mais moi je suis encore attrapée dans ce passé infernal. J’essaye d’imaginer que je vois Alzire qui aide dans la maison, Toussaint près de moi, Zacharie avec Philomène et ses deux enfants, Catherine en train de faire de son mieux pour maintenir d’une manière ou une autre la famille, le vieux Maheu sur sa chaise…Rien n’a changé pour moi. Pourtant ils sont tous sous la terre, dans leur monde à eux.

    Tout le monde me manque, je souhaite tant que tu reviennes, qu’on sente cette perte et cette douleur ensemble puisqu’on est les seuls survivants de la famille.

    Mais toi tu es là-bas, heureux, riche… Peut-être même que tu m’as oubliée et que toute la grève et la souffrance qui venait avec ne sont pour toi qu’un mauvais souvenir qui ne veut plus rien dire pour toi.

    Mais n’oublie pas que pendant un an toi aussi tu mourais de faim, n’oublie pas que toi aussi tu as vu Toussaint mourir à cause de ces soldats juste parce qu’il suivait ton idée. Je n’ai rien au cœur contre toi, mais je souhaite que tu n’oublies pas ceux qui ont perdu leur vie pour tout gagner. Parce qu’un jour, nous germinerons, nous qui avons survécu. Peut-être que ce rêve est jusqu’à aujourd’hui une chose impossible, mais, dans des années ou peut-être des siècles, on aura la justice  qu’on cherche depuis si longtemps.

    J’espère avoir bientôt des nouvelles de toi. À la prochaine,

                                                                                    La Maheude

                                                                                                        Randa Medina 2d 6, 2005-2006, Madrid




LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER

 

 
À Montsou,    le 20 Février 1876,


    Cher Étienne,

          Nous n’avons pas parlé depuis dix ans de l’échec de la grève, et dix ans c’est quand même beaucoup de temps. De façon inespérée, nous avons eu un coup de chance et la petite Estelle m’a appris à lire et à écrire.

            Je me rappelle encore  ton arrivée révolutionnaire au coron. Ce fut Maheu qui me fit faire  ta connaissance. Nom de Dieu ! Tu arrivas sans rien et tu repartis avec notre confiance, plein de projets et d’idées. J’espère que ton séjour ici, à Montsou, t’aide dans ton chemin.

            Peut -être tu ne le sais pas, mais la grève a changé nos vies. Elle nous a donné l’espoir pour croire que ce maudit monde où règnent les injustices changera. Bientôt les bourgeois paieront tout ce qu’ils nous ont fait, toutes nos souffrances.

            Je vois clairement le jour de la révolte où Maigrat mourut. Ce jour-là, un sentiment de haine nous avait envahies et je te demande pardon pour notre comportement. Je sais que tu ne voulais pas de sang. Mais cet homme, plutôt cette bête, le méritait. Tu sais ce qu’il faisait ? Eh bien, il nous demandait d’envoyer nos filles chez lui quand on n’avait pas de quoi payer. Ce rat en voulait à Catherine. Jamais je n’aurais toléré ça. C’est un exemple de comment les gens profitent de nous, les pauvres. Est-ce que parce qu'ils ont de l’argent ils sont supérieurs à nous ? Maintenant, sa femme, qui est restée seule, se voit obligée à nous faire crédit.   

            Dans la grève, nous avons tous perdu quelque chose : des personnes aimées, de l’argent  et, dans mon cas, presque tous les meubles de la maison. Mais le pire ont été les morts. Si je dis cela, ne te sens pas coupable de ce qui s’est passé, je n’ai rien contre toi. La seule chose que je regrette est d’être restée toute seule pour nourrir la famille entière et en plus, sans l’aide de ma petite Alzire.

            Je suppose que tu veux savoir comment se trouve la Compagnie. Depuis que tu es parti, les choses n’ont pas beaucoup changé. Elle continue à payer très bas le prix de la berline. Mais après de nombreuses petites grèves, les propriétaires, en craignant une comme celle de 1866, ont arrêté de payer le boisage à part. Je suis sûre que si tu revenais, il y aurait une augmentation des salaires. Tu es devenu si célèbre parmi les mineurs que la Compagnie a peur de toi! Mais ils ne peuvent pas éviter que de nouvelles idées s’introduisent dans le coron. Tôt ou tard, ils céderont.

            De plus, on a des bourgeois en moins. Tu te souviens quand le père Bonnemort a étranglé Cécile? Eh bien les Grégoire sont partis en disant que nous étions des barbares. Pauvre fille, si bonne et si bête à la fois!

            Bon, je crois que j’ai trop parlé de moi. Ici on a entendu beaucoup parler de toi. Je te félicite pour ton travail avec Pluchart. Continue ainsi.

            Ah ! J’oubliais de te dire une chose. Jeanlin a acheté un petit cabaret à Montsou avec je ne sais pas quel argent, tu peux t’imaginer. Maintenant nous pouvons manger aisément tout le mois. C’est comme ça que j’ai pu envoyer Estelle à l’école. Ouf ! Au moins une qui se sauve après des générations entières sous la terre.

            J’aimerais bien que tu viennes nous rendre visite un jour. Les enfants seraient bien contents.

            Gros bisous, 

                                                                                                         La Maheude.

                                                                        

                                                     Diana Sánchez, 2d 6, 2005-2006, Madrid

 


LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER

                                        Montsou, le 6 Février 1876,


                     Cher Etienne,


    Voici une lettre que je t‘écris pour te montrer qu’à Montsou on pense toujours à toi. J’ai appris à écrire tout comme Henri et Lénore. Il est vrai qu’au début ils ont eu du mal mais bon, maintenant ils pourront travailler autre part qu’à la mine, heureusement. L’autre jour, on parlait de toi au café Rasseneur. Lorsque Maheu t’avait présenté, c’est vrai que je me méfiais de toi mais après, tout ce que tu as  fait pour nous est inouï, tu me manques beaucoup. C’est bien grâce à toi que le coron a changé. Tout a commencé  lorsque tu nous as incités à créer une caisse de prévoyance pour qu’on ait du pain lors de cette inoubliable grève. Tu avais une telle confiance en toi qu’on t’a tous suivi. Je n’ai jamais compris pourquoi ils nous avaient imposé la réforme des salaires. Elle était tout à fait ridicule et c’est pour ça qu’avec toi on est allés se plaindre.
     On n’a pas changé grand chose mais au moins on a réagi face à cette réalité : l’injustice.
    Je savais que tu ne voulais pas de violence mais je pense que les réactions de la Brûlé envers Maigrat ou celle de Bonnemort envers Cécile étaient dues au manque de nourriture. Cette caisse n’était vraiment pas  adaptée à nos nécessités, mais ce n’était pas de ta faute car les autres n‘avaient pas mis la bonne somme d’argent. Ô les crevards ! Cette grève était vraiment n’importe quoi, on avait des traîtres entre nos propres camarades ! Tu trouves ça normal ? La Pierronne,  Piéron, Chaval et Catherine continuaient à descendre aux mines. Tu sais ce qui m’a le plus dérangé ? La relation entre Chaval et ma fille, elle faisait tout ce qu’il voulait et en plus le salaud  la tapait. Il l’avait traitée une seule fois bien : lorsqu’on lui avait donné un bon poste à la mine Jean Bart pendant la grève car il était fidèle au poste. On savait bien que cette grève ne pouvait pas durer, c’était vraiment horrible lorsque les soldats sont arrivés. Ils ont tué Maheu, Bébert, la Mouquette….. Cette grève commençait à s’achever, surtout quand Souvarine a provoqué cette explosion dans la mine du Voreux. Je n’ai jamais compris une telle réaction. Il s’est passé tellement de choses dans cette fin de grève: Zacharie est mort à cause des gaz, tu as tué Chaval puis malheureusement  Catherine est morte. Elle était tellement responsable et gentille avec tout le monde, elle m’aidait à la maison, elle s’occupait des petits.
     Après cette grève j’ai eu beaucoup de mal avec tout : les enfants, l’argent, les autres personnes du Coron……Mais j’ai su faire face à tout, même à la mort de Maheu à cause de  laquelle j’ai beaucoup pleuré…
    J’ai lu dans Le Monde que tu es devenu député pour la circonscription de Lille, c’est vraiment super, non ? Je te souhaite beaucoup d’amour et d’amitié.

      De Grosses Bises !!!                                               

                                                       La MAHEUDE


                 Adrien Butaud, 2d 6, Madrid, 2005-2006    
  

   LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER

 

 Vendredi 27 septembre 1876

 

                                                   Cher Etienne,

 

    Depuis ton départ il y a dix ans, beaucoup de choses ont changé.

    En premier, je me suis décidée à apprendre à lire et à écrire, puisque je n’ai pas pu le faire dans ma jeunesse par manque de temps, de moyens, mais surtout d’envie. Pardonne-moi les fautes d’orthographe et de grammaire, je sais bien qu’il y en a.

    Je me rappelle assez souvent de toi lorsque je descends au Voreux et que je travaille. Parfois même je crois entendre ta voix et je sens tes yeux me regarder doucement.

     Il y a une semaine plus ou moins, pendant que Lénore et Estelle cuisinaient (elles sont déjà descendues à la mine, ainsi que Henri), Henri coupait les pommes de terre et le pain. Je me suis assise sur un canapé que la Pierronne nous a donné, pour penser. La première chose qui m’est venue en tête c’est ton arrivée au coron. Le pauvre Maheu, ainsi que Zacharie, Catherine et Alzire étaient encore vivants. Nous avions des problèmes pour nourrir dix personnes avec ce que la Compagnie nous donnait mais les choses allaient plus ou moins bien.

     Le premier que tu as rencontré c’est le vieux Bonnemort, qui nous a laissés il y a sept ans. Le pauvre ne bougeait point et il se limitait à regarder le feu avec des yeux sans fond sur sa chaise. Dieu a bien fait de l’emporter.

     Au début tu t’es installé chez Rasseneur mais après l’union de Zacharie avec Philomène tu as occupé la place qu’il avait laissée.

     Dès les premiers jours, j’ai aperçu ce qui se passait entre Catherine et toi. Vos regards m’inquiétaient un peu, car je voyais la passion…

     La première semaine tu ne parlais pas trop, mais peu à peu tu as commencé à nous parler tous les soirs, après le dîner, de tes idées socialistes, d’une vie plus convenable pour nous, les mineurs.

     Chaque fois que tu parlais un fleuve d’espoir m’inondait et me faisait croire que tout allait changer et que la faim et le froid allaient disparaître, mais les jours passaient et malheureusement rien ne changeait.

     Après la décision de la Compagnie de baisser les prix des berlines et de payer le boisage à part, la grève a commencé. On pensait que tout finirait comme on espérait et que nous serions plus heureux.

     Les choses ont mal tourné et la grève a empiré les choses. Nous avons passé deux mois et demi de faim, de misère, de froid et de pénombre pour revenir au même.

     Les semaines se passaient et les choses devenaient de plus en plus noires. D’abord ma pauvre Alzire, la seule qui m’aidait, la plus douce, est morte de faim et de froid, ce qui m’a provoqué une brèche tout au long du cœur. Puis, lors de la fusillade, mon cher Maheu, pour qui je pleure encore de temps en temps, est parti lui aussi pour ne jamais revenir. Un trou m’a crevé le cœur.

     J’avais perdu deux membres de la famille, les plus importants même, mais cela n’était pas suffisant, Dieu voulait me faire encore souffrir en emportant Zacharie qui essayait de retrouver sa sœur, enterrée par le désastre du Voreux. Lui, qui semblait se foutre de tout, qui n’aimait que s’amuser et aller boire au Volcan…Le pauvre a explosé à cause du grisou. Une aiguille m’a pincé le cœur, à moi, qui pensais que rien ne pouvait aller pire. Mais bien sûr que les choses pouvaient aller encore plus mal! Après plus de quinze jours enfermée dans les mines, Catherine a été trouvée morte! Une partie de mon cœur s’est brûlé.

     Comme tu vois, l’organe qui me permet de vivre a souffert à lui tout seul plus que tout Montsou.

     Après cela, je ne pouvais pas me permettre de ne pas travailler, même si j’avais juré d’étrangler celui de ma famille qui retournerait aux mines. Comme je te l’ai déjà dit, j’aurais peut-être dû m’étrangler mais j’avais cinq bouches à nourrir dont quatre n’apportaient point d’argent.

     Heureusement les choses vont mieux maintenant. Tous travaillent à la maison, ce qui nous fait cent dix sous à nous tous.

     J’ai entendu parler de toi pendant ces dix ans mais tu sais comment sont  les choses,ici, on ne sait jamais ce qui est vrai.

     J’ai mis beaucoup de temps à t’écrire car j’avais besoin d’éclaircir mes idées, d’essayer de comprendre que rien n’était ta faute, et de guérir les plaies de mon cœur.

     J’espère bien pouvoir parler avec toi.

     Je souhaite que tout aille bien à Paris avec Pluchart et que tes rêves soient accomplis.

     C’est dur à dire mais je reconnais que je te regrette assez souvent. J’aimerais pouvoir te retrouver un jour, toi, quelqu’un qui est arrivé par surprise, un étranger qui a changé ma vie pour toujours.

                          Des bisous,

                                                                     
la Maheude.

 

 

                                                                                   Marina Cuesta, 2d 6, 2005-2006, Madrid


LETTRE DE LA MAHEUDE À ÉTIENNE LANTIER


Avril 1876, Montsou,

 Étienne,

 

Me voici dix ans après votre départ des mines. Les choses ont beaucoup changé au coron depuis. Voyez, j’ai même appris à écrire.

            Je me souviens encore de votre passion pour les livres de politique et maintenant que j’en ai lu deux, je ne vous comprends toujours pas. Je les ai trouvés stupides et bons à rien mais je vous écris quand même pour vous mettre au courant de certains sujets.

            Je me rappelle votre arrivée chez moi, après le mariage de Zacharie vers avril 1865.

            Votre argent fut une aide importante pour la famille mais je devinais bien votre intérêt pour la pauvre Catherine et je craignais que cela se finisse mal, c’est pourquoi je n’empêchai pas que ma fille sortît avec le grand et bête Chaval, décision que vous me reprochez sûrement encore.

           Les mois que vous avez passés à Montsou sont confus dans ma mémoire. Je fus prise d’une attaque de folie, vous le savez bien. Je me sentais forte, immortelle et mon orgueil était plus important que la raison. Cela m’a coûté mon homme et trois enfants, mais je ne me plains pas.

            La grève fut dure pour tous, les mineurs s’en souviennent bien et on parle encore de vous. Vous n’êtes plus le héros ni le coupable, simplement celui qui nous rappela que nous n’étions pas des bêtes même si les patrons nous traitent toujours comme si les mineurs étaient de sales cochons.

            Moi, je me rappelle de vous plutôt comme si vous étiez un de mes enfants. Vous aviez pris à mes yeux la place de Zacharie. Mais vous étiez plus intelligent, même si je n’étais pas d’accord avec vos idées, et plus raisonnable puisque vous ne fîtes aucun enfant après en avoir eu de nombreuses occasions.

            Vous nous aidiez bien à nous sortir de la faim et de la misère comme vous pouviez, renonçant à votre part de souper en faveur des autres et vendant vos affaires. Je vous en remercie encore.

           Mais même si la grève est finie depuis longtemps, la mort nous accompagne tout le temps.Le père Bonnemort mourut il y a sept ans. Il demeura assis de son air stupide et sans cervelle les trois dernières années de sa vie. Ce fut un soulagement quand il creva puisque c’était une bouche inutile à nourrir. La famille est mieux sans lui. Mes enfants vont bien.

           Jeanlin s’est marié avec la nièce de la Levaque et a déjà trois enfants, deux d’entre eux s’appellent Bébert et Lydie, la troisième Marie. Lénore et Henri sont maintenant très amis. Ils apportent de bons salaires. Et puis Estelle, qui a onze ans, est le double de ma petite Alzire. Les mêmes yeux, petite et maigre. Serviable, elle m’aide beaucoup avec la soupe et le ménage après l’école. C’est elle qui m’a appris à lire et écrire.

          Finalement, moi je vois la mort proche, sacré bon sort ! J’ai bien envie de partir une fois pour toutes. Je ne travaille plus mais la Compagnie me verse une modeste pension qui nous permet d’avoir du pain sec pour la quinzaine.

        Et vous, comment vous allez là-bas ?  On m’a appris que vous avez été élu député mais ce ne sont peut-être que des rumeurs du coron. Ça me ferait plaisir d’avoir de vos nouvelles.

                         Amicalement,

 

Virginie Maheu

 

 Clara Rivero Sans, 2d6, 2005-2006, Madrid